La République et les étrangers

Face aux discours alarmistes repris ad nauseam sur l’immigration, il est urgent de rappeler que le projet républicain fut, dès l’origine, cosmopolite puis internationaliste.

Le 26 août 1792, jour anniversaire de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen,

l’Assemblée nationale vote un décret qui accorde la citoyenneté française à dix-huit étrangers, « considérant que les hommes qui, par leurs écrits et par leur courage, ont servi la cause de la liberté et préparé l’affranchissement des peuples ne peuvent être regardés comme étrangers par une nation que ses lumières et son courage ont rendue libre ». Alors que la France lutte contre les armées coalisées de quasiment toute l’Europe, elle montre ainsi que le projet républicain, en cours d’élaboration, est un projet universaliste et humaniste d’émancipation de l’ensemble du genre humain. Les dix-huit étrangers recevant la citoyenneté française – Anglais, Écossais et Gallois, Américains, Italiens, Suisses, Allemands, Hollandais et Polonais – ont des points communs : plusieurs sont antiesclavagistes et tous défendent l’émancipation des peuples.

Lors des élections qui suivent – les premières tenues en France au quasi-suffrage universel masculin – afin d’élire une Convention chargée de déterminer quel sera le futur régime politique de la France, plusieurs départements choisissent ces étrangers pour les y représenter. Ainsi Thomas Paine, un Anglais ayant émigré en Amérique, où il est devenu un « père fondateur » de la République américaine, mais aussi le Prussien Anacharsis Cloots, défenseur de la « République universelle », sont-ils élus députés à la Convention.

Ce premier moment cosmopolite n’est pas une lubie passagère pour les « pères fondateurs » de la République française : la Convention, après avoir fait entrer la France en république les 21, 22 et 25 septembre 1792, accorde la citoyenneté à cinq autres Anglais le 25 septembre. En réalité, ce moment particulier où la République est fondée en France montre à quel point l’idée républicaine est indissociable de l’idée de l’émancipation de tous les peuples, de la promesse universaliste qu’elle recèle. D’aucuns pensent qu’elle fut brève et qu’elle disparut sous la Terreur avec le Comité de salut public.

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