Marie-Christine Vergiat : « Quelquefois, les élu·e·s progressistes gagnent »

Minoritaires au Parlement européen, la gauche et les écologistes parviennent pourtant à former des majorités et à emporter des succès, notamment sur la santé, l’environnement et les droits humains.

Marie-Christine Vergiat achève au sein du groupe Gauche unitaire européenne-Gauche verte nordique un second mandat au Parlement européen. Elle est très active sur les questions de droits sociaux, de migration, de santé ou d’environnement. Militante des droits de l’homme et de l’éducation populaire élue sous l’étiquette Front de gauche, elle aurait postulé à nouveau « si la gauche française s’était présentée unie au scrutin ». Elle cosigne un appel à « refonder la gauche » au côté de nombreuses personnalités (1).

La gauche et les écologistes sont minoritaires au Parlement européen. Au bout de dix années de mandat, avez-vous eu le sentiment de faire avancer vos causes ?

Marie-Christine Vergiat : Dans le jeu des rapports de force au sein du Parlement européen, aucun groupe politique n’a la majorité à lui tout seul. Le groupe du Parti populaire européen (PPE), la droite classique, où siègent Les Républicains, dispose de 216 élus, les socialistes et démocrates (S&D) de 185. Ces deux blocs parviennent régulièrement à se mettre d’accord sur les questions économiques. Cependant, quand il y a divergence entre eux, d’autres rapports de force peuvent se construire. Dans le domaine social, le camp « progressiste », constitué par la gauche européenne, les Verts et les socialistes, est minoritaire. Sur les questions des droits et des libertés fondamentales, il est, à l’inverse, souvent possible de constituer des majorités alternatives – et de décrocher des résultats – avec l’appui du groupe des libéraux (ADLE), alors qu’il vote avec la droite sur les sujets économiques. Et sur les questions de santé et d’environnement, les majorités sont très étroites, elles se jouent généralement à quelques voix et basculent très vite en fonction des amendements, de la présence des député·e·s, etc.

Cette situation a-t-elle été plus marquée lors de cette mandature que lors des précédentes ?

Les groupes politiques y ont perdu en homogénéité, surtout en fin de législature. Quelques voix peuvent facilement leur échapper en fonction des dossiers. En outre, la pression des groupes d’intérêts – qu’ils soient industriels, financiers, mais aussi associatifs, syndicaux ou citoyens – peut faire changer les choses.

Cela a été particulièrement vrai sous cette mandature dans le cadre des débats sur les questions de santé ou d’environnement, par exemple, avec des affrontements entre « protection des citoyens (des consommateurs) » et « défense des intérêts économiques ». Lors de l’un des derniers votes de la législature, le projet d’harmonisation des systèmes de sécurité sociale, dont Guillaume Balas (Génération·s) était le rapporteur, a été battu d’une dizaine de voix seulement.

Sur quels points avez-vous eu le sentiment de faire avancer les choses, alors ?

Le bilan ne se résume pas à la comptabilisation des votes finaux, il faut aussi regarder les résultats obtenus par le vote des amendements. Le Parlement européen fonctionne de manière assez démocratique, avec des règles de proportionnalité qui ne nous sont pas familières en France. Ainsi, la réalisation des rapports est ventilée entre les six groupes qui s’impliquent dans le travail parlementaire au prorata de leur importance – Gauche unitaire européenne/Gauche verte nordique, S&D, Verts/ALE, démocrates et libéraux (ADLE), PPE et conservateurs (CRE) (2). Le groupe désigné nomme un rapporteur ou une rapporteuse, avec qui des alter ego choisis par les cinq autres groupes travailleront tout au long de l’examen du texte. Les député·e·s de tout bord peuvent déposer des amendements, et il faut constituer une majorité pour chaque paragraphe du texte soumis au vote. Rapporteuse, j’ai fait adopter un texte sur les migrations et les droits de l’homme avec six voix de majorité. Il m’a fallu un an de travail. Et même si j’aurais aimé que certains paragraphes ne figurent pas dans le texte final, je m’y reconnais largement.

Nous parvenons aussi parfois à constituer des majorités ponctuelles sur certains textes pour faire avancer des grands principes, tout en votant « contre » sur le texte final parce qu’il est globalement trop éloigné de nos positions. C’est ce que j’ai fait notamment sur le « paquet » de textes relatifs au contrôle des frontières. Dans le cas des affaires Panama Papers et LuxLeaks, le camp « progressiste » a obtenu la mise en place de trois commissions spéciales et la dernière a obtenu – une première dans l’UE – la reconnaissance de « paradis fiscaux » au sein de l’Union : les Pays-Bas, l’Irlande, Chypre, Malte et le Luxembourg.

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