Un besoin d’espoir

Nous sommes convaincus à Politis que l’écologie ne peut être que de gauche. Les Verts peuvent-ils convaincre de leur engagement social ? Le peuvent-ils sans donner à penser qu’ils ne sont que de magnifiques lanceurs d’alerte ? Bref, peuvent-ils, mais avec d’autres, prétendre au pouvoir ?

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Mais qu’est-ce donc que cette vilaine tache brune sur la carte de l’Europe ? La France, hélas ! La France et son grand voisin du sud, l’Italie. On a été sans doute nombreux à être pris d’un haut-le-cœur en découvrant lundi dans nos journaux la sombre cartographie de l’élection européenne. On a beau savoir que cette image ne rend que très imparfaitement compte de la réalité, et on a beau avoir été prévenus, puisque sur ce point au moins les sondages ne s’étaient pas trompés, le choc est rude. Car sous cette tache brune qui imprime l’omniprésence du parti de Marine Le Pen, il y a une majorité d’hommes et de femmes qui, autrefois, auraient voté communiste, ou qui auraient pu, ce dimanche, voter France insoumise, et qui ont fait un autre choix dont il faut espérer qu’il ne plongera pas notre pays dans des abîmes.

Et pourquoi ce vote de dépit plus que de conviction ? C’est évidemment une longue histoire. On ne remontera pas ici aux causes profondes que sont l’effondrement des partis communistes et la dérive néolibérale de la social-démocratie. Si l’on s’en tient à des explications beaucoup plus récentes, on a tendance à se tourner naturellement vers Jean-Luc Mélenchon. Le fondateur inspiré de La France insoumise a raté, il faut bien le reconnaître, un rendez-vous avec l’histoire, sans doute au soir du premier tour de la présidentielle, quand il était en situation de jouer les rassembleurs. S’ensuivit une succession de choix stratégiques discutables, dont récemment encore, le désastreux slogan de « référendum anti-Macron », dont j’avais ici même redouté les effets pervers. Résultat : beaucoup d’ouvriers, d’employés et de nombreux gilets jaunes se sont emparés du bulletin de vote Bardella pour faire mordre la poussière au président de la République.

Il faut espérer que les dirigeants de LFI oseront affronter ces réalités, sans incriminer « les médias », ou la « gôche » qui-signe-des-pétitions-en-faveur-des-migrants. Et que les militants auront voix au chapitre. Clémentine Autain a commencé à briser quelques tabous. Il le faut, car ce mouvement est indispensable à notre vie politique.

En attendant, Marine Le Pen triomphe et, last but not least, Macron, devancé d’un tout petit point, n’est ni réellement défait ni empêché de dérouler son programme néolibéral.

Mais, depuis dimanche, il existe aussi quelques raisons d’espérer. Le score inattendu réalisé par Yannick Jadot et la percée des écolos un peu partout en Europe ont une portée culturelle réjouissante. Une conscience de l’urgence climatique, qui s’est manifestée dans la rue, a fini par se traduire dans les urnes. Et, ce faisant, à se politiser. Il faut voir dans ce vote écolo une dimension psychologique qu’il ne faut pas toujours nier avec des pudeurs de gazelle. C’est un élan d’optimisme qui a guidé dimanche des jeunes électeurs. La colère est souvent nécessaire, mais elle ne peut pas être un état permanent sans se muer en amertume et, pour finir, en découragement.

Aujourd’hui, c’est donc Yannick Jadot qui est en situation de jouer les rassembleurs. Ses premiers mots, dimanche soir, avaient les accents d’une dynamique nouvelle. Mais ils portaient aussi quelques restrictions. « Pas de tambouille ! », s’est-il écrié, reprenant curieusement le vocabulaire de Mélenchon. « Tambouille », c’est ainsi, semble-t-il, qu’il faut désormais nommer l’unité des gauches antilibérales. Dommage ! Car si cette unité n’est évidemment pas suffisante, si elle doit se construire en toute transparence, et si elle ne doit pas être une simple addition de sigles, elle n’en est pas moins nécessaire, y compris dans ses formes traditionnelles.

Il me semble qu’une demande impérieuse existe, venue des citoyens de gauche. Dans le cas d’EELV, une clarification est nécessaire. Depuis des temps déjà anciens, ceux de la gauche plurielle face au « ni droite ni gauche » waechtérien (que l’on me pardonne cette évocation antédiluvienne), nous sommes convaincus à Politis que l’écologie ne peut être que de gauche. Son ancrage dans une gauche antiproductiviste et antilibérale est, me semble-t-il, un impératif. Alors, autant le dire. Et le dire tout de suite. Car le vote écolo est sociologiquement fragile. D’abord, il n’est pas dit que les élections européennes puissent être structurantes pour notre paysage politique. Une présidentielle, demain, ne donnerait-elle pas un résultat tout différent ? La question n’est pas rhétorique. Je n’en suggère nullement la réponse. Car celle-ci dépend en partie des Verts eux-mêmes. Peuvent-ils convaincre de leur engagement social ? Peuvent-ils s’installer dans notre vie politique, ici et en Europe ? Le peuvent-ils sans se compromettre avec des forces opposées à leur projet ? Sans croire ou laisser croire que la dimension européenne transcende les clivages ? Le peuvent-ils, enfin, sans donner à penser qu’ils ne sont que de magnifiques lanceurs d’alerte ? Bref, peuvent-ils, mais avec d’autres, prétendre au pouvoir ? Le passé ne plaide pas forcément en leur faveur. Que sont devenus les 16 % du turbulent Cohn-Bendit, en 2009 ? Aujourd’hui, il est vrai, tout est différent. La conscience écologique a pris de la consistance. Et les Verts ont pris de l’âge. Alors, espérons…


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