Dossier : Enfin (le) libre !

Vers une révolution de l’« open source » ?

Les licences libres gagnent du terrain hors de leur nid historique du numérique pour protéger les biens communs contre toutes les formes d’accaparement. Cet essor du « libre » peut-il dynamiter le capitalisme ?

Ouvrir pour protéger. Protéger pour ouvrir. C’est l’idée géniale et le foutu paradoxe qui, au milieu des années 1980, ont fait sursauter une partie des pionniers de l’informatique. Il y avait là, entre leurs milliers de lignes de code, le germe d’une gigantesque entourloupe. Des innovations risquaient d’être accaparées par des entreprises plus intéressées par la rente qu’elles pourraient en tirer que par le projet d’émancipation qui les avait enfantées. Pris sous le sceau du copyright, ces trésors finiraient scellés.

Finalement, ce n’est pas (seulement) ce qui s’est passé, grâce à l’idée simple et révolutionnaire de renverser contre les chasseurs de monopole leur arme principale : la licence. En consacrant un principe d’utilisation, de modification et de partage des logiciels grâce à une « licence libre », le « mouvement du libre » a réussi à poser des digues contre l’accaparement qui menaçait l’édifice naissant. Le web lui-même, s’il n’avait pas été déposé au domaine public par son principal inventeur, Tim Berners-Lee, appartiendrait sans doute aujourd’hui à une entreprise privée.

Presque quatre décennies plus tard, et quelques reflets blancs dans la barbe de Richard Stallman, l’inventeur du logiciel libre, cette belle histoire fait germer des graines de folie chez des expérimentateurs parfois très loin du domaine informatique. Des semences open source, du pain ou de la bière open source, une prothèse de main (1), une voiture connectée ou un poulailler open source… Les licences libres apparaissent comme un moyen efficace de résistance aux « nouvelles enclosures (2) » qui, avec la numérisation de nos vies et l’essor d’une économie de la connaissance, gagnent toujours plus de terrain.

À Berlin, une poignée de défricheurs armés de patience ont conçu huit variétés de semences sous licence libre. Un moyen concret de s’affranchir des trois multinationales qui trustent le marché et enferment les agriculteurs dans un cycle sans fin en leur vendant, chaque année, des semences stériles. « La plupart des variétés de semences vendues aujourd’hui par ces multinationales sont très homogènes génétiquement. Cela favorise la culture de grandes surfaces et force l’agriculteur à racheter chaque année la semence. Pire, cela implique le recours inévitable aux pesticides et aux engrais, ainsi qu’une grande vulnérabilité face au changement climatique, développe Adrien Labaeye, d’Open Source Seeds. À l’inverse, la diversité permet l’adaptation aux contraintes locales – fertilité, climat, etc. –, ce qui est crucial à l’agriculture écologique. » Les semences libres autorisent les agriculteurs à replanter d’une année sur l’autre les mêmes semences et permettent d’agir concrètement pour la sauvegarde de la biodiversité.

Vocation anticapitaliste

Cette mini-révolution réunit aussi une légion de bricoleurs géniaux et de hackers, qui conjuguent leurs forces pour faire sauter les verrous installés par les fabricants d’objets du quotidien. Le mouvement du « do it yourself » (faites-le vous-mêmes) ou du « matériel libre » permet de réparer ou de customiser des objets jusqu’alors rendus impénétrables par le copyright. Et des innovations sont librement réutilisables : un robot de potager (Farm Bot), un système électronique permettant de gérer la fermentation de la bière (BrewPi) ou encore une méthode pour recycler soi-même le plastique (Precious Plastic).

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