Chemins croisés

Dans Mon histoire avec Robert, Patrice Robin raconte comment son existence et ses livres se tissent avec les films du documentariste états-unien Robert Kramer.

Les derniers livres de Patrice Robin sont des récits de rencontres. Une place au milieu du monde (2014) évoque les adolescents de milieux déshérités qui participaient à ses ateliers d’écriture. Des bienfaits du jardinage (2016) parle des malades mentaux avec lesquels le jardinage a été, pour lui, un mode d’approche. Mon histoire avec Robert relate une rencontre d’un tout autre type : le Robert en question est le cinéaste Robert Kramer. Parce que celui-ci est un fameux documentariste, et que Patrice Robin a fait sa connaissance alors qu’il travaillait pour un groupement de cinéma dit « de recherche », ce livre pourrait être saturé de cinéphilie. S’il n’en est pas dénué, Mon histoire avec Robert reste en cohérence avec la démarche littéraire de l’auteur, chez qui l’esthétique et le politique sont liés – tout comme chez Kramer, d’ailleurs.

Patrice Robin et Robert Kramer n’ont été en présence l’un de l’autre qu’une seule fois, en vue de l’organisation d’une rétrospective. Quatre mois plus tard, le réalisateur disparaissait subitement. La rétrospective prévue se transformant en hommage, Robin s’est plongé dans l’œuvre, les écrits et les entretiens de Kramer. Il s’agit donc surtout d’une rencontre a posteriori, de l’homme comme de son œuvre.

S’il n’y a pas de meilleure rencontre avec un artiste qu’en s’imprégnant avant tout de ce qu’il (a) fait, celle-ci est particulièrement puissante, à haut degré de résonance. Bien qu’il en soit éloigné biographiquement, Patrice Robin, en toute modestie, se découvre de nombreux points communs avec lui. Il y a, par exemple, les personnes vers lesquelles Kramer a tourné sa caméra : celles des classes populaires, milieu dont l’auteur est issu et qui est aussi, pour l’essentiel, au cœur de ses livres. Et peut-être avant toute chose, le cinéaste, qui a bourlingué aux quatre coins du monde pour filmer des populations en lutte et en prise avec l’Histoire, l’incite à mesurer ce qu’il en est de ce même rêve porté en lui à l’adolescence mais qu’il n’a pas mis en pratique.

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