Désobéissance civile : ils se paient la tête de Macron

Une « organisation » de dangereux malfrats utilisent la « ruse » pour dérober les photos présidentielles dans les mairies afin de souligner l’absence de politiques climatiques. Mais le parquet ne rie pas.

Bourg-en-Bresse, dans l’Ain, le 28 mai. Six personnes étaient jugées pour « vol en réunion et par ruse » et risquaient jusqu’à dix ans de prison et 150 000 euros d’amende. Ces dangereux malfrats avaient participé deux mois plus tôt à l’action de « réquisition » du portrait d’Emmanuel Macron qui trônait dans la salle des mariages de la mairie de Jassans-Riottier. Au tribunal de grande instance de Bourg-en-Bresse, l’assistance a vu se jouer sous ses yeux la confrontation ubuesque entre deux mondes : celui des défenseurs du vivant, prêts à agir illégalement pour alerter sur l’urgence écologique, et celui de la justice étriquée qui ne voit que des délinquants à la barre. « Un tribunal n’est pas une tribune ! » a grondé le procureur, les accusant de faire partie d’un plan « préparé par une organisation », à la « dimension nationale, organisationnelle, concertée, pensée ». Sourires non dissimulés dans la salle.

Cette organisation inconnue du procureur n’est autre qu’ANV-COP21, pour Action non-violente, née en 2015, en prévision de la COP 21 à Paris. Considéré comme la « jambe action » du mouvement climat, quand Alternatiba est la « jambe sensibilisation », le collectif voit ses rangs grossir depuis quatre ans, ses messages et ses méthodes se propager sur tout le territoire français. « Nous avons senti que les gens étaient beaucoup plus disposés à faire des actions de désobéissance civile non-violente, quitte à être poursuivis en justice. Dans notre réseau, nous avions également envie de monter d’un cran après avoir visé les banques », raconte Rémi Donaint, l’un des porte-parole d’ANV-COP21. Une seule question comptait : comment faire réagir le gouvernement ? L’idée est venue de lancer un appel à décrocher les portraits présidentiels présents dans les mairies, les murs vides incarnant l’absence de politique solide pour lutter en matière écologique et sociale. « Certains peuvent trouver l’action potache, mais la symbolique est forte, et nous attaquons aussi l’image d’Emmanuel Macron, qui se veut le grand écologiste à l’échelle mondiale. » Suivant l’engouement autour de l’Affaire du siècle et des marches pour le climat, la campagne « Sortons Macron » est un succès instantané : 58 portraits « réquisitionnés » en trois mois. Un démarrage plus fort que pour le fauchage des chaises dans les agences BNP Paribas en 2016. Leur prochain objectif : collecter 125 portraits pour le G7 à Biarritz, fin août. 125, comme le nombre de jours que la France met pour utiliser toutes ses ressources naturelles annuelles (1).

Les « décrocheurs de portraits » qui font trembler la République sont de tous les âges, de tous les milieux sociaux et « apartisans mais plutôt à gauche ». « Nous ne sommes pas des super-héros ou héroïnes du climat ou de la militance, mais de simples citoyens qui ne peuvent pas faire autrement que de réagir », clamait Anne-Sophie Trujillo (lire le verbatim) quelques heures avant son procès. Aux côtés de cette consultante en humanitaire se trouvaient un maraîcher bio, une professeur de mathématiques, un futur restaurateur, un cadre de la SNCF et un retraité du ministère des Finances. Tous partagent la même inquiétude face au « péril climatique » et la dégradation à vitesse grand V de la biodiversité. « J’ai conscience des risques, mais j’ai plus peur de ne plus vivre dans ce monde que d’un procès ! » résume Raphaël, 24 ans, membre du groupe orléanais. Après des actions de sensibilisation sur les importations d’huile de palme par Total, ou des actions antipub, les militants du Loiret ont décroché le portrait à Saint-Jean-de-la-Ruelle, début mars, puis l’ont emmené en balade à Mardié, où un projet de pont routier menace l’espace naturel des bords de Loire, puis sur les terres agricoles de Saint-Jean-de-Braye, fragilisées par les projets d’aménagement du territoire de la métropole orléanaise. Trois militants sont poursuivis en justice. Procès le 13 septembre.

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