Elsa Faucillon : « Les valeurs de gauche peuvent disparaître »

Elsa Faucillon, députée PCF, est coauteure de l’appel à un « big bang » de la gauche. Elle milite pour le rapprochement de tous les mouvements qui se situent de ce côté de l’échiquier – et pas seulement les partis.

Électron libre du Parti communiste – n’était-elle pas favorable à des alliances avec La France insoumise ? –, Elsa Faucillon, députée des Hauts-de-Seine, détonne dans le paysage. Avec la députée insoumise Clémentine Autain (Seine-Saint-Denis), elle a lancé un appel à un « big bang » de la gauche (1), destiné à réorganiser ce bord de l’échiquier politique au lendemain des (catastrophiques) élections européennes. Le 30 juin, leur « big bang » se réunira au cirque Romanès, à Paris.

Qu’attendez-vous de ce rendez-vous ?

Elsa Faucillon : Nous avons pu vérifier, par le soutien à notre appel et l’écho qu’il a suscité, que l’état de choc après les élections européennes était largement partagé. Il y a une aspiration à dépasser le scénario qui s’installe – et qui perdurera – d’un duo-duel entre néofachos et néolibéraux. Nous sentons une envie de bâtir du commun, l’idée que chacun en soit acteur ou actrice à égalité. Au sein des structures politiques et chez les militants, il y a un ras-le-bol du fait que les questions stratégiques ne se tranchent qu’au sommet des organisations. Avec Clémentine Autain, nous souhaitons que le 30 juin soit un moment de lancement. Pour que des initiatives comme celle du cirque Romanès émergent un peu partout dans le pays. Nous voulons lutter contre l’éparpillement des forces de gauche, mais nous sommes conscientes que réunir ne suffira pas : il y a besoin, à partir d’un rassemblement d’individus engagés politiquement, socialement et culturellement, d’annoncer que nous ne ferons pas comme si tout allait continuer comme avant. On a besoin de se rencontrer, de s’engueuler sans que ce soit grave. Ce que je crois, en tant que signataire et initiatrice de cet appel, c’est qu’on a beaucoup à changer. Et, si l’on veut construire un nouvel imaginaire politique, on a du pain sur la planche. La bataille pour un référendum sur la privatisation d’Aéroports de Paris peut être une belle occasion. Mais il n’est pas question que d’une somme de sujets, il y a une articulation, une cohérence à bâtir autour des questions du travail, de sa place dans la société, celles liées à la production, à l’écologie, à la démocratie… Avancer sur ces questions implique de le faire dans le respect de la diversité, c’est une condition du rayonnement et donc d’un potentiel majoritaire.

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La France insoumise et EELV ne sont pourtant pas signataires. Cela n’affaiblit-il pas la force de votre appel ?

Je ne suis pas surprise que nous soyons accueillies fraîchement par les responsables des organisations politiques. Sous le sous-titre « big bang » est annoncé que « Le pire serait de continuer comme avant », ça peut sonner comme un coup semonce. Chez les écologistes, je note que l’appel « Convergeons (2) » renvoie aussi à la rencontre du 30 juin. Mais l’idée n’est pas de chercher uniquement une addition d’organisations. Ça n’empêche que les responsables et les militants des orgas ont besoin de se parler. Il y a d’ailleurs la proposition d’Olivier Besancenot de créer un lieu permanent où les organisations politiques et syndicales puissent échanger. Je pense que c’est nécessaire et je regarde évidemment positivement ce genre d’appel. Quid également des suites de la proposition de « fédération populaire » de Jean-Luc Mélenchon ? Dans la période que nous traversons, il vaut mieux en avoir trop que pas assez.

Au Figaro, vous affirmiez ne pas croire à la réussite d’alliances entre les organisations. Comment, alors, réunir la gauche ?

Je ne crois pas au modèle d’« union de la gauche », je pense qu’il n’est plus opérant aujourd’hui. Ce que l’on a à faire n’est pas seulement d’additionner, mais de mobiliser la société. On voit bien que la mobilisation de l’électorat de droite se fait – même si LR est à la ramasse. Macron le récupère et il en est le chef légitime. On peut même dire que le duel qui s’est imposé entre LREM et le RN est dû à la mobilisation de cet électorat de droite. La question n’est pas tout à fait la même à gauche, où on constate à la fois un éparpillement, une volatilité et beaucoup d’abstention. Bien évidemment, il y a un besoin de rassemblement, c’est un point important, mais cela ne suffit pas à répondre aux abstentionnistes et à reconnecter la gauche avec le mouvement social.

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