Les Grünen, entre coalitions et contradictions

Après leur succès aux européennes, les Verts allemands vont-ils prendre le pouvoir ? Et, si oui, comment et avec qui ?

Avec plus de 20 % des voix (33 % chez les moins de 25 ans), les Verts allemands, les Grünen, ont réalisé un score historique aux européennes du 26 mai. Arrivés en deuxième place derrière le parti conservateur au niveau national, ils ont fini en première position dans toutes les grandes villes de l’ouest du pays, à Berlin et dans quelques métropoles de l’est. Qui aurait pu prédire ce succès européen au lendemain des élections législatives de 2017, où le parti n’avait pas atteint les 9 % ? C’était avant l’essor d’un nouveau mouvement écologiste venu de la jeunesse. En Allemagne, les manifestations des lycéens pour le climat – « Fridays for future » – ont lieu toutes les semaines depuis janvier dans des dizaines de villes. Le 24 mai, la manifestation berlinoise avait rassemblé 10 000 personnes, en grande majorité très jeunes.

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Ainsi portés par le mouvement climatique, les Grünen sont en train de devenir le deuxième parti du pays. Un sondage réalisé la semaine suivant le scrutin européen donnait même les Verts en tête. « Les Verts deviennent-ils le nouveau SPD ? », interroge le Spiegel dans un article du 31 mai. Au même moment, le magazine Stern met en une Robert Habeck, l’un des deux coprésidents du parti écologiste, avec ce titre : « Notre futur chancelier ? » Mais que vont faire les Verts allemands de ce triomphe inattendu ?

Au Parlement européen, il est bien possible que le nouveau groupe vert (qui compte notamment 24 députés allemands, 12 français et 11 britanniques) soutienne la candidature de la libérale danoise Margrethe Vestager au poste de présidente de la Commission européenne. Mais l’idylle des Verts et des libéraux n’aura pas besoin d’aller plus loin à Strasbourg. Si les groupes politiques du Parlement européen forment des alliances selon les sujets proposés au vote, le système politique allemand est bien différent.

Au niveau fédéral comme dans chaque État-région, les électeurs votent pour une assemblée : le Bundestag et les parlements des différents Länder. Ce n’est qu’ensuite que la chancelière ou le chancelier, son gouvernement ou les ministres-présidents (ou maires dans les villes-États comme Berlin ou Hambourg) et leurs équipes sont désignés par des majorités négociées. Or le Bundestag compte aujourd’hui six formations politiques : l’union conservatrice CDU-CSU (le parti d’Angela Merkel et la droite bavaroise, qui sont formellement deux partis mais fonctionnent toujours ensemble), les sociaux-démocrates (SPD), les Verts, Die Linke (gauche), les libéraux (FDP) et l’AfD (extrême droite), entrée au Bundestag en 2017. Il est donc impossible de gouverner sans former une alliance, entre des partis parfois politiquement éloignés. En témoignent les « grandes coalitions » constituées entre la droite de la CDU-CSU et les sociaux-démocrates (1). Le paysage est similaire dans les États-régions.

Par exemple, le même jour que les européennes, des élections régionales avaient lieu dans la ville-État de Brême, dans le nord-ouest de l’Allemagne. Auparavant, les Verts y étaient aux manettes aux côtés du SPD. Les résultats du scrutin ne leur permettent pas cette fois de poursuivre l’alliance à deux. Les Grünen discutent donc aujourd’hui à la fois avec les sociaux-démocrates et Die Linke d’un côté, et avec le parti conservateur et les libéraux de l’autre, pour, peut-être, former une coalition dite « jamaïcaine (2) ». Cette alliance noir-jaune-verte est déjà aux commandes dans un Land du Nord, le Schleswig-Holstein.

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