Dossier : Demain on mange quoi ? Les nouveaux plats de résistance

À l’école du goût

Politologue, militante et mère de famille, Fatima Ouassak tente d’obtenir une alternative végétarienne dans les cantines de Bagnolet, où elle vit. Récit.

Grenoble, Mouans-­Sartoux, Strasbourg, Lille, Le Creusot, Lons-le-Saunier, Bègles, ­Fontenay-sous-Bois, Perpignan, les IIe, XVIIIe et XIXe arrondissements de Paris… La liste des municipalités offrant une alternative végétarienne dans leurs cantines scolaires s’allonge progressivement. La décision relève parfois de la simple évidence ou cohérence pour les élus. D’autres fois, des parents d’élèves doivent faire preuve d’autorité et de combativité, comme à Bagnolet, en Seine-Saint-Denis.

En 2015, Fatima Ouassak se retrouve confrontée à cette question lorsqu’elle inscrit sa fille aînée en maternelle. Dans le formulaire, elle ne voit que deux propositions : repas avec ou sans porc. Végétarienne depuis de nombreuses années, elle souhaite que sa fille suive le même régime alimentaire et pose une simple question : est-il possible de ne pas mettre la viande dans l’assiette de son enfant le midi ? « On m’a répondu que j’étais la seule à demander cela, et on m’a parlé de laïcité, de risques de carences pour les enfants venant des quartiers populaires qui n’ont pas d’autres repas équilibrés, du goût de la viande…, se souvient-elle. J’ai réalisé que l’alimentation peut être un enjeu politique d’intégration, voire d’assimilation en France. De mon côté, c’est avant tout un enjeu d’écologie et de justice sociale ! »

Fatima Ouassak rejoint la Fédération des conseils de parents d’élèves (FCPE) pour porter cette revendication de menus sans viande, et plus généralement parler de la qualité des repas. Une occasion en or de « reprendre du pouvoir en tant que parents » et de montrer que le déjeuner les concerne tout autant que les repas du matin et du soir. « Je ne voulais pas que ma fille de 3 ans gère chaque jour ce dilemme entre l’autorité parentale et l’autorité institutionnelle », explique-t-elle. Mais l’association de gauche ne la soutient pas, de nombreux parents sont méfiants. « Certains m’accusaient d’avancer masquée, de demander l’alternative végétarienne pour ensuite réclamer de la viande halal », glisse-t-elle. Ainsi, une bataille politique et culturelle émerge parallèlement à celle ciblant une alimentation plus saine à la cantine.

Militante notamment au sein du Réseau classe-genre-race et consultante, la mère de famille tente pas à pas de déconstruire les clichés sur les quartiers populaires. Et la thématique de l’alimentation n’y échappe pas. Un exemple lui revient, du temps où elle était cheffe de projet au sein d’un cabinet et devait justement trouver des idées d’ateliers pour les quartiers populaires. Lors d’une réunion, elle propose l’alimentation en arguant que c’est un angle mort des politiques publiques, mais que tous les habitants se sentiront concernés. On lui rétorque que ceux-ci sont plutôt intéressés par les rapports entre la police et les jeunes ou les questions de citoyenneté. « Ils ne se rendent pas compte que les gens ont peur, car ils entendent des discours alarmants sur la malbouffe dans les médias, mais que personne ne leur propose de solutions pour nourrir correctement leurs enfants avec leur budget de classe populaire ! »

Se sentant en rupture avec les syndicats, les associations et les partis de la gauche locale, Fatima et quelques autres mères créent le collectif Ensemble pour les enfants de Bagnolet (EEB), puis Front de mères, afin d’avoir « un espace bienveillant dans lequel créer du commun ». Le collectif lance un sondage en ligne : sur les 209 parents de tous profils sociologiques qui ont répondu, 96 % se disent intéressés par un menu alternatif végétarien.

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