De la rue au stade, les chemins croisés de la contestation contre le pouvoir en Algérie

Les Fennecs, qui affronteront ce soir l’équipe du Sénégal en finale de la CAN, portent derrière eux les espoirs d’un pays qui se mobilise depuis cinq mois pour faire vaciller le régime.

Antoine Cariou  • 19 juillet 2019
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De la rue au stade, les chemins croisés de la contestation contre le pouvoir en Algérie
© crédit photo : BILLAL BENSALEM / NURPHOTO

Au pied de la grande poste d’Alger, édifice néomauresque emblématique de la capitale, les chants de la foule prendront ce soir une tonalité singulière. Jour de finale oblige, les protagonistes du mouvement du Hirak auront les yeux rivés sur la sélection nationale, qui, après vingt-neuf ans de disette, pourrait remporter la deuxième Coupe d’Afrique des nations de son histoire.

Et si le pouvoir espère tirer profit de l’événement, en diminuant la pression que le Hirak fait peser sur lui tous les vendredis depuis maintenant cinq mois, les supporteurs pourraient profiter de la tribune offerte par la finale pour exprimer leurs revendications.

De l’historique équipe clandestine du FLN aux récents chants anti-Bouteflika des supporteurs, la légende du football algérien est faite de combat contre l’autoritarisme, dans la droite ligne des luttes anticoloniales.

Depuis le 22 février, date de la première marche pacifique contre le régime, c’est « La casa del Mouradia », le chant des supporteurs de l’Union sportive de la médina d’Alger (Usma), qui résonne dans les rues de la capitale tous les vendredis.

Les fans de l’Union sportive de madinet El-Harrach (USMH) se sont eux fait connaître pour leur pamphlet « Chkoun sbabna » (« Qui est coupable de nos malheurs ? »), qui désigne l’État comme responsable de la précarité des jeunes Algériens.

Du stade à la manif, sous l’impulsion des supporteurs ultras, dont l’origine remonte à l’Italie des années de plomb, les chants des clubs de la capitale sont peu à peu devenus des hymnes de la contestation. Depuis le début du mouvement, les diverses communautés de supporters d’Alger se sont déclarées khawa (« frères »), mettant entre parenthèses leurs rivalités sportives pour unir leurs forces contre le régime.

En organisant un « pont aérien » pour emmener les supporters des Fennecs en Égypte, le pouvoir algérien semble espérer se réconcilier avec une population qui réclame son départ depuis cinq mois. Mais les protestataires ne sont pas dupes : « Le football ne doit pas être un instrument d’hypnose et de distraction du peuple », tonne un supporteur de l’Usma interrogé par Le Monde diplomatique.

Sur les réseaux sociaux, les supporteurs appellent déjà les joueurs à boycotter la cérémonie officielle qui sera organisée par le président par intérim M. Bensalah en cas de victoire. « Le pouvoir escompte des dividendes, alors qu’il reste sourd aux revendications des manifestants, explique à l’AFP Yazid Ouahib, chef de la rubrique Sport du quotidien francophone El Watan. C’est une forme de corruption qui n’aura aucun impact sur le mouvement populaire, car depuis le 22 février, le peuple a montré qu’on ne peut pas se jouer de lui. »

Société Monde
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