Dossier : Zones commerciales inutiles : Laisse béton

Des airs de ZAD pour « Open Sky »

Un mégaprojet près de Rennes menace des terres fertiles et accentuerait la concentration commerciale au détriment des centres-villes alentour. La mobilisation s’intensifie.

Un peu d’huile de coude et quelques coups de faucille ont suffi pour se frayer un chemin dans les pâturages afin de pique-niquer mais aussi, et surtout, de protester. Une centaine de personnes se sont donné rendez-vous un samedi ensoleillé de mai pour manifester leur opposition au projet de mégacentre commercial Open Sky à Pacé. À l’est de la zone commerciale Rive Ouest, à une dizaine de kilomètres de Rennes, entre une grande enseigne suédoise, un garage automobile et un champ de vaches, près de dix hectares de terres agricoles sont menacés. « Nous sommes sur la ceinture verte et bleue de la biodiversité (1) de Rennes », souligne Amaury, un des organisateurs de la manifestation, membre du collectif local d’Extinction Rebellion.

Open Sky serait doté de 40 000 m2 de surfaces à bâtir, dont les deux tiers dédiés aux espaces commerciaux, avec une quarantaine de magasins, cinq restaurants et 1 400 places de parking, tandis que Rive Ouest s’étale déjà sur 78 000 m2. Pour la Compagnie de Phalsbourg, l’un des promoteurs du projet avec le rennais Blot immobilier, ce n’est pas incompatible. Au contraire, « avec des concepts commerciaux différents, le projet […] renforcera l’attractivité de Rive Ouest, tout en s’intégrant dans le paysage et la nature environnante », se targue l’entrepreneur sur son site Internet. Et l’architecture futuriste « aura pour rendu une trame verte similaire à une allégorie de la nature ».

Si le sursaut citoyen se renforce depuis quelques mois, cela fait plusieurs années qu’Open Sky traîne dans les cartons des élus. Selon l’association Géographes de Bretagne, le projet apparaît déjà en 2007 sur le schéma de cohérence territoriale (Scot) du pays de Rennes. « Mais il a commencé à se concrétiser en 2013, un an avant les élections municipales », précise Matthieu Theurier, coprésident du groupe écologiste au conseil municipal de Rennes et vice-président de Rennes métropole.

En 2014, Open Sky refait son apparition sur le plan local d’urbanisme (PLU) de la ville de Pacé. La partie réservée au projet est alors classée en zone à urbaniser à vocation économique. En clair : des activités commerciales. Grâce à ce document, un permis de construire est déposé et la commission départementale des autorisations commerciales (CDAC), composée d’élus locaux, le valide. La bataille juridique s’engage à coups de recours par la société FRP II, propriétaire de plusieurs boutiques d’un centre commercial voisin, Cap Malo. D’abord au tribunal administratif de Rennes, puis à la cour d’appel de Nantes et au Conseil d’État, qui a donné son feu vert en décembre 2018. Open Sky serait prévu pour 2020.

« C’est un mille-feuille administratif », constate Gunevel Pédron, géographe-urbaniste et président de l’association Géographes de Bretagne. « Ce projet impactera le centre-ville de Rennes et la dizaine de centres commerciaux autour de la ville, ainsi que Dinan, Lamballe ou Saint-Brieuc, à cause de sa proximité avec Ikea », ajoute-t-il. Open Sky porte en effet préjudice à la valorisation du territoire en participant à l’essoufflement des centres-villes, tue des emplois similaires autour de lui et favorise l’étalement urbain, l’usage de la voiture et l’artificialisation des sols. « Au bout d’un moment, il y a des choix à faire pour l’intérêt public, les modes de vie ont changé », s’indigne Gunevel Pédron.

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