Économie : Au rendez-vous des hérétiques

Les économistes hétérodoxes du monde entier, réunis durant trois jours, ont savouré la réussite de leur cénacle résistant.

L’enthousiasme jaillit sans prévenir d’une auditrice ou d’un auditeur qui s’abandonne à un court moment d’euphorie. Les 750 économistes « hétérodoxes » du monde entier, réunis du 3 au 5 juillet à Lille par l’Association française d’économie politique (l’Afep), savourent l’instant. Fondée il y a dix ans dans un geste de résistance, l’Afep parvient aujourd’hui à incarner une alternative au Cercle des économistes, cénacle des penseurs mainstream qui tenait, au même moment, ses rencontres annuelles à Aix-en-Provence.

Penser autrement reste un sport de combat, face à l’agressivité des économistes « standards », qui sapent méthodiquement toute expression d’une pensée critique. « Mais nous sommes perçus comme crédibles », se satisfait Michael Zemmour, économiste à Sciences Po et membre de l’Afep. La conférence annuelle, plus garnie et plus internationale qu’à l’habitude, aura notamment servi à se serrer les coudes, pour ces penseurs à rebrousse-poil qui se retrouvent souvent isolés dans leur université. « Nous devrions élaborer un kit d’autodéfense pour répondre à ceux qui, systématiquement, nous accusent de ne pas être économistes. Moi, je n’ai pas la force de le faire seule contre dix personnes, et je ne sais pas forcément quoi répondre », s’épanche une auditrice, socio-économiste, regonflée par les rapprochements qui s’amorcent lors des trois journées de travail.

Jusqu’aux années 1970, le marxisme était le courant dominant dans la pensée économique française et rayonnait dans le monde. Mais les universités ont fait leur ménage. « Dans un contexte de défaites sociales et politiques, les positions institutionnelles qui permettaient de tenir des positions dans la recherche ont disparu », retrace Cédric Durand, de l’université Paris-XIII. Au fil du temps, s’impose une école néoclassique qui martèle ses vérités avec une froideur mathématique, sans aucune réflexivité sur son histoire et ses méthodes. « On raisonne comme s’il y avait des lois universelles et atemporelles, et c’est ce qu’on enseigne aux étudiants », soupire Jonathan Marie, de Paris-XIII.

Ces économistes orthodoxes livrent une guerre d’usure de plus en plus féroce à toute forme d’altérité pour verrouiller leurs positions de domination. Dans une concurrence exacerbée par l’austérité budgétaire, les universités arbitrent souvent au détriment des empêcheurs de penser en rond. La cooptation, qui aiguille les carrières scientifiques, a progressivement entraîné une raréfaction des « moutons noirs ». « Les postes de professeurs allaient systématiquement à des économistes orthodoxes, au point qu’on atteint un seuil critique et qu’on commence à avoir du mal à se reproduire », glisse Michael Zemmour. « Démographiquement, on était en train de mourir », renchérit Agnès Labrousse, de l’université Jules-Verne-Picardie.

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