En finir avec les pénuries de médicaments

Les ruptures d’approvisionnement sur des traitements essentiels explosent. Nombre de substances sont fabriquées à l’étranger et les obligations des laboratoires ne sont pas assorties de sanctions.

M ettons fin aux pénuries de corticoïdes », demandait dans Le Monde (25 mai) une tribune de patients et de professionnels de santé « très préoccupés » par cette situation, alors que ces produits « font partie des médicaments d’intérêt thérapeutique majeur ». Ils jugeaient ces pénuries « graves » « pour la bonne prise en charge des patients ».

Entre 1 % et 4 % de la population est sous corticoïdes au long cours. Des centaines de milliers de patients en prennent en cure courte. De l’automne 2018 à mars 2019, on manquait de Sinimet, qui soigne les symptômes de la maladie de Parkinson. « Un médicament utilisé par 45 000 patients en France », avertissait France Parkinson. De 2014 à 2018, les vaccins disponibles, qui contiennent tous des adjuvants, associaient au DTP (1) des vaccins non obligatoires contre coqueluche, Haemophilus influenzae de type B et hépatite B. Pour réaliser les vaccins obligatoires, les parents de nouveau-nés étaient contraints d’accepter des formules contenant également des vaccins non obligatoires, ou de trouver des associations de vaccins en décalage avec le calendrier de vaccination (2).

Les pénuries touchent aussi les anticancéreux, les anti-infectieux et les anesthésiants… Et elles sont récurrentes en France, pourtant gros pays de laboratoires pharmaceutiques. Pas moins de 530 médicaments connaissaient des pénuries en 2017, d’après un rapport du Sénat (octobre 2018). Entre 2008 et 2018, près de vingt fois plus de pénuries ont été signalées, a rappelé la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, en présentant, le 8 juillet, une « feuille de route 2019-2022 ». Si la ministre compte fluidifier les circuits de fabrication, de production et de mise sur le marché des médicaments et des vaccins, cette feuille de route ne s’attaque pas au problème de dépendance de la population et des autorités sanitaires vis-à-vis des laboratoires et des professionnels associés, qui suivent les règles du marché.

Quels médicaments sont concernés ?

Les médicaments d’intérêt thérapeutique majeur (MITM) sont ceux pour lesquels une interruption de traitement « est susceptible de mettre en jeu le pronostic vital ». Ils sont définis par le décret du 20 juillet 2016 « relatif à la lutte contre les ruptures d’approvisionnement ». Ce texte encadre un système d’alerte qui doit être lancé par les pharmacies dans le cadre d’un « plan de gestion de pénurie ». Agnès Buzyn l’a admis le 8 juillet : « La mise en place de cet arsenal juridique renforcé n’a pas suffisamment permis de pallier les ruptures de stocks. » Avec sa feuille de route, la ministre de la Santé ambitionne d’« agir sur l’ensemble du circuit du médicament pour prévenir plus efficacement les pénuries ». Mais nombre d’observateurs estiment qu’il s’agit là de « gérer » les pénuries, non de les « endiguer ». Un comité de pilotage des pénuries devrait être lancé en septembre. Reste à savoir à quel point il interviendra dans les affaires des grands groupes pharmaceutiques.

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