Dossier : Niger, Guinée, Mali : Ex-démocrates, néo-autocrates

La mue libérale des présidents « socialistes »

Arrivés au pouvoir sous les couleurs de la gauche, de nombreux chefs d’État ont depuis cédé à la folie du libre-échange et de l’austérité.

Il n’était pas peu fier, Mahamadou Issoufou, à l’ouverture du sommet extraordinaire de l’Union africaine (UA) organisé à Niamey du 4 au 8 juillet. D’une part, le président nigérien pouvait faire admirer à ses pairs les constructions pharaoniques réalisées pour l’occasion : aéroport rénové, deux fois deux-voies reliant l’aéroport au centre-ville, nouveaux hôtels de luxe et villas « présidentielles ». Édifiées en un temps record, ces infrastructures, dont nombre de Nigériens se demandent à quoi elles pourront servir une fois les chefs d’État partis, ont nécessité un investissement de 450 milliards de francs CFA (697 millions d’euros), soit près du quart du budget de l’État nigérien en 2019. D’autre part, le Président voyait aboutir un projet qui lui tenait à cœur : la zone de libre-échange continentale (Zlec), dont le lancement officiel a été célébré à Niamey.

Ce projet, initié par le Rwandais Paul Kagame, chantre du libre-échange, prévoit un marché unique et la fin des droits de douane pour les marchandises et les services sur l’ensemble du continent. Une « folie suicidaire », pour l’économiste Jacques Berthelot, qui risque de pénaliser les pays les plus fragiles comme le Niger et de bénéficier essentiellement aux multinationales. Même le Forum économique mondial en convient dans une étude : soumis au dumping social, les PME, les petits paysans et les travailleurs risquent de le payer cher.

« Cela illustre bien la politique menée. Des dépenses de prestige, des lois faites pour les investisseurs étrangers, mais rien pour les plus pauvres », déplore Ali Idrissa, figure de la société civile au Niger. Issoufou a piloté, au nom de l’UA, le processus de mise en place de la Zlec, soutenu par les présidents Alpha Condé (Guinée), Ibrahim Boubacar Keïta (« IBK », Mali) et Roch Marc Christian Kaboré (Burkina Faso), tous issus des rangs de l’Internationale socialiste (IS). En 1997, les trois premiers, très proches de la gauche française, étaient présents au congrès du Parti socialiste à Brest, à l’issue duquel François Hollande avait pris le contrôle du parti. Ils ont depuis suivi la même trajectoire que le Français : succès électoraux, promesses sans lendemains et renoncement à leurs idéaux de jeunesse. Élus au début des années 2010 après avoir passé plusieurs années dans l’opposition, ils ont, une fois au pouvoir, mené une politique libérale dénoncée par les syndicats et les forces de la gauche radicale.

Certes, comme le souligne un ancien ministre de haut rang d’IBK, qui a requis l’anonymat, « il n’est pas facile de résister au rouleau compresseur des bailleurs, du FMI et de la Banque mondiale ». Leurs injonctions laissent peu de marge de manœuvre : il faut réduire le nombre de fonctionnaires, apurer la dette, favoriser l’investissement, faire jouer la concurrence… L’éducation et la santé passent souvent après. La crise causée par les jihadistes a en outre considérablement pénalisé les pays sahéliens, obligés d’augmenter chaque année leur budget sécurité. « Tous les plans que l’on a pu imaginer ont été impactés par les questions sécuritaires », assure l’ancien ministre malien.

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