La tragédie de Maradona

Le Britannique Asif Kapadia retrace dans un documentaire la carrière napolitaine du footballeur argentin. Une réflexion sur les dangers de la gloire.

Qui n’aime pas le football connaît au moins deux noms de magiciens du ballon rond : Pelé et Maradona. Le premier est un seigneur. Il apparaît brièvement au début du documentaire consacré au second par le cinéaste britannique Asif Kapadia. Et d’une phrase, il dit tout : « Maradona était un très bon footballeur, mais il n’était pas préparé psychologiquement. »

Deux litotes. Car « el pibe de oro », ce « gamin en or » venu des quartiers pauvres de Buenos Aires, fut plus qu’un « très bon footballeur », et son impréparation à la gloire tourna vite au martyre. C’est sa tragédie que relate, à partir d’une abondance d’archives, le film de Kapadia, qui traite principalement la période napolitaine du petit numéro 10 argentin, entre 1984 et 1991. Quand, selon l’expression d’un journaliste, « la ville la plus pauvre d’Italie s’offrit le footballeur le plus cher de la planète ».

Cette contradiction recèle une énigme dont un autre journaliste donne la clé lors de la première conférence de presse du nouveau venu : « Savez-vous qu’à Naples l’argent de la mafia est partout ? » Le président du SSC Napoli s’étouffe et s’empare ­nerveusement du micro pour dénoncer une question « honteuse ».

La suite, c’est un peu la version foot du Vie privée de Louis Malle. Maradona, c’est Bardot. Idolâtré par une foule hystérique, harcelé par les paparazzis, chahuté, secoué par ses supporters à chacune de ses sorties. L’amour qu’on lui voue est une étreinte de plus en plus violente qui le presse, l’asphyxie et le pousse au bord de l’abîme. Le pire, c’est que chaque exploit sur le terrain aggrave son cas. Car Maradona, bien sûr, accomplit des miracles. Le film nous régale de quelques-uns de ses dribbles légendaires. Même sa fameuse main tricheuse (« la main de Dieu ») avec l’équipe nationale argentine, loin de lui être reprochée, enrichit le mythe. Quant au SSC Napoli, qui se traînait en queue de classement, humilié par les grands clubs du nord, il grimpe au firmament du championnat. Avec Maradona, c’est le Mezzogiorno qui se venge.

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