Des « patrouilles » anti-migrants

En juillet, des membres du groupuscule Génération identitaire étaient jugés à Gap pour des actes perpétrés au printemps 2018 à la frontière italienne. Le procureur a requis de la prison ferme.

C es soi-disant randonneurs, habillés en bleu Schtroumpf, ont chaussé des raquettes et sont montés déployer leur banderole au col de l’Échelle », introduit, moqueuse, la présidente du tribunal de Gap (Hautes-Alpes), Isabelle Defarge. Le 11 juillet, trois militants de Génération identitaire (GI), ainsi que l’organisation elle-même en tant que personne morale, sont jugés pour « activités exercées dans des conditions de nature à créer dans l’esprit du public une confusion avec l’exercice d’une fonction publique ». Ils avaient organisé une opération baptisée « Defend Europe – Mission Alps » à la frontière franco-italienne dans la région de Briançon, du 21 avril au 29 juin 2018. Le délit pour lequel ils sont poursuivis est passible d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende. Le jugement, mis en délibéré, devait être rendu jeudi 29 août.

Samedi 21 avril 2018, les images de la petite centaine de militants en doudoune bleue, avec hélicoptères, ont fait le tour des télévisions. Pour la présidente du tribunal, leurs uniformes étaient proches « des vestes de dotation de la police aux frontières ». Ils affirmaient « prendre possession du col de l’Échelle » pour « sécuriser la frontière ». En plein débat sur la loi asile et immigration à l’Assemblée nationale, ce week-end-là n’avait pas été choisi au hasard. Ensuite, jusqu’à fin juin 2018, des petits groupes de GI ont fait des « patrouilles » pour « empêcher des migrants clandestins d’entrer en France » et ont « enquêté sur les réseaux de passeurs d’extrême gauche », comme ils l’ont revendiqué sur les réseaux sociaux.

Le dimanche 22 avril 2018, une manifestation transfrontalière, dénonçant la présence de GI, rassemblait 150 personnes au col de Montgenèvre. Au soir de cette marche, Gérard Collomb, ministre de l’Intérieur, décidait l’envoi immédiat de renforts de police et de gendarmerie à cette frontière. Dans le même temps, deux Suisses et une Italienne étaient arrêtés. Ils ont passé onze jours en détention provisoire. Ces « 3 de Briançon » ont été jugés avec quatre autres participants à la manifestation (mis en examen en juillet 2018) pour « aide à l’entrée irrégulière d’étrangers ». En décembre, les « 7 de Briançon» ont écopé de six mois de prison avec sursis pour cinq d’entre eux et douze mois dont quatre ferme pour les deux autres, également poursuivis pour d’autres charges (lire Politis n° 1526 et Politis.fr, 11 décembre 2018). La décision est en appel.

Le 11 juillet, seul le président de GI a fait le déplacement. « Ce procès n’est rien d’autre que politique. Notre action était pacifique et à aucun moment nous avons scandé [sic] remplacer les forces de l’ordre », dit à la barre Clément Gandelin, alias Clément Galant, 24 ans. Puis il choisit le droit au silence tout au long des débats de l’après-midi. Les prévenus absents sont Romain Espino, 26 ans, porte-parole du mouvement, et Damien Lefèvre, alias Damien Rieu, 29 ans, aujourd’hui attaché parlementaire du député Rassemblement national (RN) Gilbert Collard. Il a été membre des équipes de Marion Maréchal et des mairies d’extrême droite de Bollène (Vaucluse) et Beaucaire (Gard).

L’association briançonnaise Tous migrants demande à se porter partie civile : elle estime que le contrôle de cette frontière de haute montagne par les forces de l’ordre met « en danger » les migrants. Son avocate, Maëva Binimélis, affirme que l’action de GI a aggravé la situation. En outre, les militants d’extrême droite seraient allés bien au-delà du rôle de lanceurs d’alerte dans lequel ils se drapent. « Il a été démontré qu’ils ont procédé à une véritable interpellation, avec conduite des personnes retenues aux forces de l’ordre », plaide-t-elle. Comme le suggère une circulaire du 4 mai 2018 du ministère de la Justice, GI aurait pu être poursuivie pour « immixtion ». Autrement dit, pour avoir accompli des actes normalement réservés à des agents publics. Mais, selon le procureur de la République de Gap, Raphaël Balland, l’enquête, qui a duré un an, n’aurait pas permis de « suffisamment caractériser » ce délit.

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