À Nantes, les forces du désordre

Le décès de Steve Maia Caniço puis les nombreux dysfonctionnements de l’enquête n’ont fait que creuser le fossé entre les milieux militants nantais et une police en roue libre.

Avec le temps vient l’habitude. À force de prendre des coups, la peau s’épaissit, les esprits s’endurcissent et deviennent moins sensibles. Une routine s’installe. On aurait cependant pu s’attendre à ce que la charge de la police sur le quai Wilson le soir de la Fête de la musique rompe cette léthargie. Cette nuit-là, vers 4 heures du matin, les forces de l’ordre veulent mettre un terme aux réjouissances. Un à un, les murs d’enceintes s’éteignent, mais un irréductible signe la fin des festivités par « Porcherie », chanson antifasciste du groupe Bérurier noir. À partir de là, les versions divergent. Les agents sur place affirment avoir répondu à des jets de projectiles, ce que les fêtards réfutent. Est-ce seulement important ? Attaque ou riposte, les uniformes choisissent la manière forte. Les policiers lancent plusieurs grenades lacrymogènes et de désencerclement, la foule panique, une dizaine de jeunes tombent à l’eau. Ce soir-là, Steve Maia Caniço meurt noyé dans la Loire.

Un mois plus tard, après que le corps du jeune homme de 24 ans a été retrouvé, une première enquête de l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) expose cyniquement : « Il ne peut être établi de lien entre l’intervention des forces de police et la disparition de Steve Maia Caniço. » Son téléphone n’aurait plus émis de signal près d’une heure avant le mouvement de panique provoqué par la police… Information contredite le 11 septembre par les premières investigations de la police judiciaire, révélées par Le Canard enchaîné. L’enquête relève un ultime signal une dizaine de minutes après l’intervention des forces de l’ordre et prive les conclusions de l’IGPN de leur fondement principal. « Au mieux c’est une erreur, au pire un mensonge », a commenté l’hebdomadaire satirique.

« Je ne comprends pas ce rapport », tempête Marianne Rostan. L’avocate parisienne s’occupe de la plainte collective déposée par 89 personnes présentes le soir de la charge. « Les caméras de vidéosurveillance s’allument comme par magie seulement à partir du moment où la police fait usage du gaz lacrymogène, pas avant », remarque-t-elle. Me Rostan décrit une scène chaotique où visiblement la chaîne de commandement perd totalement le contrôle de ses hommes de terrain. « La salle de commandement intime une première fois au commissaire divisionnaire Grégoire Chassaing de mettre un terme à l’usage de lacrymogène, sans effet… Puis il faut attendre que le directeur départemental adjoint à la sécurité publique [ou patron des opérations] prenne lui-même la parole pour faire cesser l’usage des gaz ! » s’étrangle l’avocate. Selon elle, il faut lire entre les lignes : « Le rapport de l’IGPN parle d’une relève des effectifs, pas de renforts. » Cette « relève » sonnerait-elle comme un désaveu de l’action entamée sur place ?

« Il n’y avait jamais eu de problème au quai Wilson », tranche Victor, habitant de la métropole nantaise depuis six ans et président de Média’son, association locale d’accompagnement des fêtes libres. « Deux semaines auparavant, nous discutions avec la préfecture pour un autre événement, jamais on ne nous a posé de questions sur la Fête de la musique. Tout simplement parce que personne ne s’attendait à un tel dérapage », rapporte amèrement le responsable associatif.

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