Amazonie : Les enfumeurs de la déforestation

Alors que la forêt brésilienne recule à nouveau fortement depuis l’arrivée au pouvoir de Bolsonaro, les pays occidentaux feignent d’ignorer la responsabilité de leurs politiques agro-industrielles.

Jamais les nouvelles alarmistes de la déforestation en Amazonie n’avaient provoqué à l’étranger des réactions officielles aussi promptes. À l’annonce, fin août, d’un quasi-doublement en un an du nombre de foyers embrasant le plus important massif tropical de la planète, le G7 réuni à Biarritz débloque une enveloppe de 20 millions d’euros et une polémique enfle autour de la responsabilité du président brésilien, Jair Bolsonaro, qui a fait sauter les verrous de protection de l’Amazonie.

Pour autant, certains politiques semblent simultanément découvrir les données du problème. Le 27 août, Élisabeth Borne est interrogée par France Inter sur l’appel de Yannick Jadot, chef de file d’Europe écologie-Les Verts (EELV), à un embargo sur le soja transgénique brésilien. Pour la ministre de l’Écologie, « on mélange différents sujets : les OGM ne sont pas autorisés en Europe, ils ne le sont pas aujourd’hui, ils ne le seront pas demain ». Méconnaissance du sujet, visiblement. Mais est-ce un hasard ? La cécité des politiques agricoles française et européenne au regard de leurs impacts écologiques hors des frontières de l’Union est savamment entretenue depuis de décennies.

Les incendies qui enfument la forêt amazonienne ne sont que rarement accidentels, il s’agit d’une pratique classique et peu coûteuse de « nettoyage » de la végétation utilisée par des agriculteurs pour mettre de nouvelles parcelles en exploitation. Généralement destinées à des pâtures pour les bovins, elles sont ensuite fréquemment libérées pour la culture du soja, pendant que de nouvelles trouées sont pratiquées dans la forêt pour les troupeaux.

Si la viande bovine brésilienne, dont le pays est le premier exportateur mondial, est très peu destinée aux marchés européens, ce n’est en revanche pas le cas pour son soja, essentiellement cultivé pour l’alimentation du bétail – volailles, porcins, bovins : l’Union européenne est le deuxième acheteur (derrière la Chine) de cette autre production phare du Brésil. Principalement exporté, le soja a vu ses surfaces quadrupler en vingt ans, non seulement transgénique à 95 % mais également cultivé par une agriculture parmi les plus consommatrices de pesticides au monde, dont certains sont aujourd’hui interdits dans l’Union. UE dont la règlementation n’interdit pourtant nullement l’importation pour les rations animales. Et pour cause : l’élevage communautaire, majoritairement industriel et productiviste, est hautement dépendant de cette légumineuse, imbattable pour sa teneur en protéine végétale. Dans un rapport très documenté, l’ONG Greenpeace décrit ce piège (1) : la France importe entre 3,5 et 4,2 millions de tonnes de soja, à près de 90 % pour la fabrication de rations alimentaires animales, et dont près des deux tiers sont issus du seul Brésil – presque exclusivement OGM donc. La production nationale (non-transgénique) ne couvre que 10 % des besoins et, de plus, est principalement absorbée par la consommation humaine. Interrogé sur France 2 le 26 août sur les incendies amazoniens, Emmanuel Macron ne pouvait que le reconnaître : « Sur le soja, on a une part de responsabilité. »

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