La menace de Netanyahou

Israël est aujourd’hui ce pays qui peut accepter que son principal dirigeant réduise un peuple à l’état d’enjeu électoral. Qui osera encore parler de démocratie dans ces conditions ?

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En annonçant son intention d’annexer la vallée du Jourdain s’il remporte l’élection du 17 septembre, Benyamin Netanyahou dit beaucoup de lui-même et plus encore de l’état moral de son pays. Ainsi, on peut aujourd’hui en Israël pour un profit électoral, et pour le destin personnel d’un homme politique aux abois, s’approprier un territoire peuplé de 65 000 habitants, palestiniens, dépossédés de leur terre et soudain déclarés étrangers chez eux. Israël est aujourd’hui ce pays qui peut accepter que son principal dirigeant réduise un peuple à l’état d’enjeu électoral. Qui osera encore parler de démocratie dans ces conditions ? 

La promesse ultra-colonialiste de Netanyahou est l’expression d’un mépris raciste à l’image du personnage, et hélas, d’une partie importante de la société israélienne. Mais on peut aussi creuser dans l’histoire pour relier la sortie du Premier ministre au projet sioniste. En 1947, le « père » fondateur d’Israël, David Ben Gourion, voulant convaincre la droite sioniste d’accepter le partage de la Palestine décidée par l’Onu, avait fait une promesse qui résonne aujourd’hui fortement : « L'acceptation de la partition ne nous engage pas à renoncer à la Cisjordanie (…). Nous accepterons un État dans les frontières fixées aujourd'hui – mais les frontières des aspirations sionistes sont les affaires des Juifs et aucun facteur externe ne pourra les limiter » (cité par l’historien israélien Simha Flapan, La Naissance d’Israël, mythes et réalités). 

40 % de la Cisjordanie

Pour une sordide visée électoraliste, Netanyahou prétend donc à sa façon accomplir le projet sioniste. Et c’est pourquoi sa menace doit être prise au sérieux, et condamnée énergiquement par la France et l’Union européenne. Et des condamnations qui vont au-delà de la pétition de principe.

Cela dit, la menace ne sera mise à exécution que si Netanyahou l’emporte le 17 septembre – ce qui n’est pas acquis – et si le grand parrain américain donne son feu vert. Ce qui n’est pas certain. La fenêtre n’est pas forcément ouverte au moment où Trump limoge son conseiller le plus droitier, John Bolton, et alors qu’il n’exclut plus d’ouvrir un dialogue direct avec l’Iran. Au grand dam de Netanyahou qui pousse au conflit avec la république islamique. Le Premier ministre israélien se sent évidemment encouragé par les décisions de Trump de transférer l’ambassade des États-Unis à Jérusalem, et de reconnaître l’annexion du Golan, mais il n’est pas sûr en l’occurrence que le calendrier électoral de Netanyahou coïncide avec le calendrier politique de Donald Trump.

Si elle devait intervenir, l’annexion de la vallée du Jourdain prendrait encore 40 % de la Cisjordanie. On ne dira pas ici que cela condamnerait le « processus de paix » et la solution à deux États. De processus de paix, il n’y a plus depuis au moins vingt ans, et la solution à deux États n’est plus guère envisageable avec quelque 600 000 colons. Le paradoxe colonial est qu’il nous rapproche d’une reconfiguration de la résistance palestinienne à partir de la notion de citoyenneté égale de tous les habitants dans cet espace qui va du Jourdain à la Méditerranée.


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