Le corps libéré

Le Festival d’automne consacre un « Portrait grand format », riche de nombreux événements, à l’Américain Merce Cunningham, qui a radicalement renouvelé l’art chorégraphique.

Né en 1919 et mort en 2009, en restant actif jusqu’au bout, Merce Cunningham – dont la vivacité d’esprit n’avait d’égale que celle de corps – a traversé près d’un siècle et a inscrit une empreinte indélébile dans le domaine de la danse contemporaine. Ayant très tôt démontré une agilité et une dynamique physiques peu communes, il apprend les claquettes durant son adolescence dans sa (petite) ville natale, Centralia (Washington). Aux abords de la vingtaine, il vient s’installer à New York afin de s’y aguerrir véritablement comme danseur auprès de Martha Graham, grande dame de la « modern dance ».

Trop à l’étroit dans le cercle pédagogique de la prêtresse Graham, il le quitte en 1945 pour développer sa propre recherche chorégraphique. À cette époque, il fait la rencontre déterminante du très anticonformiste musicien et plasticien John Cage, autre figure majeure de l’avant-garde du XXe siècle. Unis à la ville comme à la scène, les deux hommes vont nouer une intense relation artistique à laquelle mettra seulement fin la mort de Cage en 1992.

Sous l’influence de son compagnon, qui accorde une place primordiale au hasard dans la vie et dans l’art, Cunningham va se livrer à une déconstruction radicale de la pratique chorégraphique, notamment en introduisant une part essentielle d’aléatoire dans le processus de création. En outre, qu’il travaille avec Cage ou d’autres compositeurs, il dissocie danse et musique, les deux se développant séparément sans que l’une doive illustrer l’autre.

Dans le même geste, éminemment novateur, il libère la chorégraphie de toute astreinte dramaturgique classique (plus de narration ni de psychologie) et fait éclater l’espace scénique. « J’ai choisi d’ouvrir l’espace, de le considérer en tout point égal, chaque endroit occupé ou non par quelqu’un devenant aussi important que n’importe quel autre (1). » Fondée sur une éthique foncièrement humaniste, cette conception de l’espace de représentation, exempte de tout rapport hiérarchique, confère ipso facto une même valeur à chaque interprète et à chaque mouvement. Sans point central obligé, elle laisse par ailleurs toute latitude au regard du spectateur, lui offrant ainsi une forme de liberté – dont il faut apprendre à user.

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