Pesticides SDHI : à qui profite le crime ?

L’autorisation de fongicides potentiellement nocifs pour tout être vivant signe l’incapacité de l’Agence de sécurité sanitaire à protéger la population, juge Fabrice Nicolino dans un livre-enquête.

Fabrice Nicolino est un indispensable lanceur d’alerte, et il ne semble pas près de se calmer. Son dernier ouvrage, Le crime est presque parfait (1), s’inscrit dans la lignée d’autres dénonciations retentissantes, contre les pesticides notamment (2). Pour mettre en lumière les risques de cette chimie proliférante, mais surtout pour nous entraîner dans la quête des vrais responsables. Il bondit, le 15 avril 2018, à la lecture de la tribune signée dans Libération par neuf chercheurs qui alertent sur les très sérieux dangers sanitaires d’une récente classe de pesticides. Il s’agit surtout de fongicides, qui inhibent l’enzyme SDH (succinate déshydrogénase), entraînant un blocage de la fonction respiratoire des champignons et moisissures, et donc leur mort. Une bénédiction pour l’agriculture.

Autorisés depuis une vingtaine d’années en Europe, et fort peu connus, ces pesticides dits « SDHI » (inhibiteurs de SDH, en anglais) ont séduit à une large échelle et sont aujourd’hui épandus sur de nombreuses cultures céréalières (dont le blé, à 80 %), maraîchères, fruitières… Le marché mondial est passé de 100 millions de dollars en 2005 à 2,6 milliards de dollars en 2018 et pourrait atteindre 6,4 milliards de dollars dans cinq ans, indique l’auteur.

Des pesticides SDHI massivement présents dans l’environnement : c’est ce dont s’aperçoit très récemment Pierre Rustin, directeur de recherches au CNRS, spécialiste des mécanismes biologiques concernés. Et il est parfaitement bien placé pour comprendre l’incroyable menace qui plane sur la population. Car la SDH est présente chez tous les êtres vivants, et ses inhibiteurs sont susceptibles de la bloquer « très efficacement », tant chez les nématodes, les vers de terre, que chez les humains, expérience à la clé.

Alarmé, Pierre Rustin interpelle en octobre 2017 l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses), dont la mission est de protéger les populations par le contrôle des demandes d’homologation des produits et leur interdiction si nécessaire. En réponse à ce signal de première importance, émis de surcroît par un chercheur internationalement reconnu : un assourdissant silence. Six mois plus tard, -en désespoir de cause, Pierre Rustin, avec huit autres chercheurs, prend l’initiative d’en passer par le canal des médias, avec cette tribune qui alerte sur les risques d’une exposition aux SDHI. Chez l’humain, les cellules peuvent en mourir, « causant de graves encéphalopathies ou, au contraire, une prolifération incontrôlée des cellules, et se trouver à l’origine de cancers ». Entre autres maladies. Et l’Anses est aux abonnés absents.

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