Pourquoi Sanofi sacrifie sa recherche

Le géant français du médicament licencie trois cents chercheurs et près d’un millier de salariés, malgré des bénéfices confortables. Une stratégie financière qui hypothèque l’industrie pharmaceutique hexagonale.

Sanofi souhaite remodeler son portefeuille », « devenir plus flexible et agile ». L’heure est donc aux « désinvestissements » : suppression de 299 postes de chercheurs en France, avec l’abandon de la recherche sur les maladies cardiovasculaires et Alzheimer, et de 232 emplois de visiteurs médicaux, 700 ruptures conventionnelles collectives dans les fonctions supports (ressources humaines, informatique, etc.) et externalisation du programme de pharmacovigilance – la surveillance des effets secondaires d’un médicament après sa mise sur le marché. Le fleuron français de l’industrie pharmaceutique, troisième vendeur de médicaments au monde, accélère une cure d’amaigrissement, qui l’a fait passer de 30 000 à 25 400 salariés en dix ans en France (100 000 dans le monde), avec une chute particulièrement spectaculaire de ses effectifs en recherche et développement : de 6 300 en 2008 à 3 500 à l’issue du plan social en cours.

Pourtant, le médicament reste une activité rentable et Sanofi une multinationale en forme, flashée entre 7 et 8 milliards d’euros de bénéfice net annuel en moyenne. Les actionnaires du groupe – L’Oréal à 9 % et le surpuissant fonds américain BlackRock à 6 %, en particulier – captent en dividendes plus de la moitié du bénéfice annuel (3,7 milliards d’euros, soit 56 % du résultat net, plus un milliard d’euros de « rachat d’actions »). Une enveloppe en augmentation constante depuis vingt-cinq ans, qui constitue un record au sein du CAC 40, et le quatrième plus gros montant distribué dans le monde.

Néanmoins, l’heure est aux grands travaux au sein du groupe. Un tri drastique dans les activités doit être opéré pour éliminer les moins rentables : fini notamment le diabète, passé en générique, pour laisser place à l’oncologie (traitement des cancers) et à ses développements récents dans l’immuno-oncologie, les vaccins ou le champ nouveau offert par les progrès de la biotechnologie (génétique, biologie moléculaire, etc.). La concurrence est rude entre les « big pharma » pour être le premier à commercialiser le médicament qui permettra de s’approprier ces marchés prometteurs. Sanofi se concentre également sur des niches comme certaines maladies chroniques, où la rareté lui permet de pratiquer des prix très élevés pour des traitements remboursés par la Sécurité sociale.

Il faut parfois vingt ans pour mettre sur pied un médicament. Dans sa course contre la montre, Sanofi entend donc accélérer les choses en externalisant sa recherche. Plus besoin d’assumer les coûteux centres de recherche, place désormais aux start-up « agiles » (souvent abreuvées de financements publics), que Sanofi rachète lorsqu’une molécule semble mûre pour la phase de commercialisation. L’opération n’est pas moins coûteuse, mais le risque est ainsi « externalisé », ce qui séduit d’autant plus l’entreprise que le médicament n’a pas été épargné ces dernières années par le virage technologique. L’essor des biotechnologies a complexifié et allongé la phase de recherche, et le « big data »s’invite dans la recherche.

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