Extinction Rebellion : Les rebelles du vivant

Le mouvement Extinction Rebellion a lancé une semaine de mobilisation internationale pour sensibiliser les politiques à l’urgence climatique. Récit d’une semaine d’actions au cœur de Paris.

Sous le soleil d’automne, l’ombre d’un voilier s’avance doucement dans Paris pour accoster sur le pont au Change, entre la place du Châtelet et l’île de la Cité. Ce petit bateau bleu ne flotte pas sur la Seine mais roule sur les pavés. Sur ses flancs, une inscription franco-bretonne : « La mer se meurt/O vervel man ar amor. » Cette scène abracadabrante a donné le coup d’envoi d’un ballet encore plus surréaliste : des dizaines de personnes sont passées en quelques secondes de touristes à activistes, s’allongeant par terre, enfermant leur bras dans des arm-lock, des tubes reliés à un bloc de béton, les rendant ainsi particulièrement difficiles à déloger. Des ballots de paille et des pots de fleurs sont disséminés dans tout le quartier pour couper la circulation. Des tentes multicolores poussent comme des champignons sur l’asphalte, laissant présager une installation pérenne. Nom de l’opération : « Occupation pour la suite du monde  ». Acteurs : Extinction Rebellion (XR).

Lundi 7 octobre, la Rébellion internationale d’octobre (RIO) a éclaté pour dénoncer l’inaction « criminelle » des gouvernements face à l’urgence climatique. Quatre revendications sont clamées dans le monde entier : « Dire la vérité sur la reconnaissance de la gravité et de l’urgence des crises écologiques actuelles ; la réduction immédiate des émissions de gaz à effet de serre pour atteindre la neutralité carbone en 2025 ; l’arrêt immédiat de la destruction des écosystèmes océaniques et terrestres ; la création d’une assemblée citoyenne chargée de décider des mesures à mettre en place pour atteindre ces objectifs et garante d’une transition juste et équitable. »

Au fil des heures et des jours, les alentours du Théâtre du Châtelet se transforment en zone autogérée : une cantine pour stocker et cuisiner les aliments récupérés, une bagagerie pour garder les sacs, un point info où on trouve le programme mis à jour quotidiennement au gré des envies des participants, des toilettes sèches, une zone de gratuité… Les points de blocage sont baptisés : Mistral gagnant, les Trois-Mâts, le Saloon… Le « Village apaisé » s’enrichit chaque jour des propositions de ses habitants ou visiteurs. Un savant mélange des mouvements d’occupation des places, comme Occupy ou Nuit debout, et de la créativité forgeant les ZAD, notamment celle de Notre-Dame-des-Landes. La carte postale parisienne est agrémentée de banderoles éloquentes – « Amour et rage » ou « Quand l’espoir meurt, l’action commence » – et de nombreux drapeaux marqués d’un sablier enfermé dans le rond de la Terre peint en noir, emblème d’Extinction Rebellion.

Urgence climatique

« Pourquoi vous bloquez Paris ? Ce n’est pas la bonne méthode pour protester. Et du pétrole, il y en a des stocks, des nouvelles technologies aussi. Les jours difficiles, comme vous dites, ne sont pas pour tout de suite ! », clame une dame âgée agacée, qui s’arrête tout de même pour faire valoir son point de vue à un couple. Alice et Kynes ne sont pas des écologistes nés de la dernière pluie. Ils militent depuis des années – manifestations, pétitions, marches pour le climat – mais ne peuvent que constater l’inutilité de ces « pansements », alors qu’il faut « préparer les temps rudes qui arrivent ». Ils ont donc posé un jour de congé pour cette occupation. « Il faut en finir avec la mythologie mortifère de la croissance, revenir à de la sobriété et apprendre à vivre différemment tout en gardant notre humanité », assène Kynes. « Tout s’accélère mais la prise de conscience de l’urgence n’est pas encore générale. Le “business as usual” n’est plus possible et j’ai l’impression que XR se donne les moyens de bouger les lignes », détaille Alice, qui avoue que c’est pour sa fille de 14 ans qu’elle a finalement décidé de s’engager dans la désobéissance civile.

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