À partir de quel niveau de revenu est-on (trop) riche ?

Les montants ponctionnés par les 3 % les plus riches interdisent à un tiers de la population de vivre dignement.

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Certains ont traité cette question en posant directement la question aux gens : d’après vous, à partir de quel revenu mensuel une personne est-elle riche ? D’autres se sont dit que, puisqu’on définissait le seuil de pauvreté comme une proportion (le plus souvent 60 %, parfois 50 %) du revenu médian, on pouvait définir un « seuil de richesse » de la même façon, par exemple deux fois ce revenu médian. Tout cela est intéressant mais laisse de côté une grande question : que veut dire être « trop » riche ?

Une réponse innovante a été fournie par Pierre Concialdi dans un livre collectif de la Fondation Copernic (1). En résumé : les personnes trop riches sont celles dont les revenus ne permettent pas à tout le monde, compte tenu de la masse des revenus distribués, d’avoir des revenus de dignité et de participation satisfaisante à la vie sociale. Ces riches accaparent plus que ce qui permettrait à tous de vivre décemment. Pour déterminer un plafond de richesse, il faut donc commencer par évaluer le minimum dont toute personne a besoin pour vivre correctement et participer à la vie sociale.

Par chance, de telles évaluations ont été menées en France, dans le cadre de l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale (dont la suppression vient d’être annoncée…), en s’appuyant sur des panels de citoyens. On a baptisé cela les « budgets de référence ». Exemple : le budget de référence est d’environ 1 500 euros par mois pour un·e célibataire, de 2 060 euros pour un couple sans enfant et de 3 400 euros pour un couple avec deux enfants. Il s’agit de revenus après impôts directs. Ce revenu nécessaire pour vivre décemment est évidemment nettement supérieur au seuil de pauvreté.

Un calcul un peu plus technique permet alors de déterminer le seuil maximum de revenu (seuil de richesse) cohérent avec l’objectif de permettre à tous d’accéder à un minimum décent. On obtient un seuil proche de quatre fois ce minimum (soit environ 6 000 euros mensuels pour une personne seule après impôts directs). Il y a alors moins de 3 % de personnes riches, mais les montants excessifs qu’elles ponctionnent sur l’ensemble des revenus interdisent à un tiers de la population d’accéder à une vie digne !

Bien entendu, le revenu monétaire est loin d’être le seul déterminant de conditions d’existence dignes. En particulier, l’état des services publics et de la protection sociale joue un grand rôle. Et par ailleurs, pour aller encore plus loin, on aurait besoin de scénarios mis en débat citoyen où l’on envisagerait les contours futurs d’une vie décente pour tous dans une trajectoire de forte décroissance de la pression sur l’environnement. Des pistes de bonne qualité existent pour lancer ces délibérations, à commencer par les travaux de négaWatt et de l’association Solagro, avec son scénario Afterres2050 pour l’agriculture et l’alimentation.

(1) Vers une société plus juste, Les Liens qui libèrent.


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