Europacity : Victoire sous surveillance

Après l’annonce tonitruante de l’enterrement du projet Europacity, les vaillants opposants au projet peuvent se réjouir… tout en restant vigilants !

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Et si les œillères macroniennes commençaient à se fissurer ? L’espoir est permis après l’annonce tonitruante de l’enterrement du projet Europacity à la sortie du troisième Conseil de défense écologique. Les avions du Bourget ne survoleront pas la mégastar de la société de consommation qui promettait l’arrivée de la modernité sur ce territoire du Val-d’Oise avec des équipements culturels, un parc de loisirs, des dizaines de boutiques, des hôtels, une ferme urbaine et trente millions de visiteurs par an ! La fertile plaine du triangle de Gonesse peut respirer. Les vaillants opposants au projet peuvent se réjouir… tout en restant vigilants ! Le vrai secret de ces batailles XXL, c’est l’après. Il est rarement envisagé de laisser les terres agricoles tranquilles. Ici, le grain de sable prend la forme de la gare de la ligne 17 du Grand Paris Express. Une gare isolée au milieu des champs ? Personne n’est dupe. Et sûrement pas Bernard Loup, meneur indéboulonnable du Collectif pour le triangle de Gonesse. « Cet abandon est une grosse étape, mais il y en a d’autres si l’on veut un projet digne du XXIe siècle, parce que les bétonneurs ne vont pas lâcher la gare comme cela », a-t-il déclaré à nos confrères de Reporterre.

Il faudrait un miracle pour que le projet alternatif du ministère soit le jumeau de celui imaginé par les vrais défenseurs du vivant. La déclaration de l’Élysée au Monde nous met la puce à l’oreille : « Nous avons eu du mal à arrimer la promesse écologique de l’acte II du quinquennat par des décisions concrètes ; cette fois, nous avons une masse critique qui nous permet d’afficher la couleur verte. » Du pur pragmatisme macronien pour s’accaparer l’opinion publique écolo en pleine croissance. Ils nous ont attendris avec l’abandon de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, trop contesté pour perdurer. Ils nous ont surpris en déclarant la Montagne d’or en Guyane « incompatible » avec leurs « exigences environnementales »… avant de donner un avis favorable au renouvellement des concessions minières.

D’aucuns diront que renoncer à Europacity est quand même un beau geste, la victoire du pot de terre contre le pot de fer. Je préfèrerais que ce soit la victoire du pot de terres nourricières contre le pot de faire, au moins pour donner l’illusion d’une action efficace à venir. Car, honnêtement, en grattant sous le gazon artificiel de la macronie, que trouve-t-on ? Du béton et encore du béton ! Qu’ils continuent ainsi : cet aveuglement fait grandir l’envie d’un commun durable, désirable, respirable, et cimente la résistance citoyenne aux quatre coins du pays.


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