Hôpital : « C’est toute la politique de santé qu’il faut revoir »

Des milliers de soignants ont défilé à Paris jeudi 14 novembre pour dénoncer « la casse de l’hôpital public ».

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Infirmiers, ambulanciers, brancardiers, aides-soignants, médecins, étudiants, internes, psychologues… Les blouses blanches ont déferlé dans les rues de la capitale, jeudi 14 novembre, bravant le froid, pour défendre l'hôpital public et le système de santé.

Sur fond de sirènes hurlantes, de fumigènes et de coups de sifflets, une porte-parole du collectif Inter-Hôpitaux, organisateur de la manifestation, prend la parole au micro :

Cette contestation est indispensable. Notre personnel paramédical est le plus mal payé d’Europe, il faut décider en fonction des besoins et pas des moyens. Huit mois de grève, il faut que ça s’arrête, il faut nous entendre !

Et, c’est tout l’hôpital qui était venu se faire entendre hier à l’appel des collectifs Inter-Urgences, Inter-Hôpitaux, et de l’ensemble des syndicats de la profession.

Ce mouvement d’ampleur est le résultat d’une grève entamée en mars dernier par les urgentistes – 268 services étaient encore mobilisés lundi – qui se sont mobilisés partout en France en pour dénoncer leurs conditions de travail mais aussi et surtout les conditions d’accueil des patients. Voilà maintenant huit mois que le personnel soignant demande au ministère de la Santé une augmentation du budget hospitalier, une revalorisation immédiate de 300 euros sur tous les salaires, l’arrêt des fermetures de lits et l’association des soignants et des usagers dans les prises de décisions. Pour seule réponse, la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, leur a accordé une prime mensuelle de 100 euros, versée depuis juillet, et a annoncé en septembre dernier un plan de « refondation ».

« On a peur d’une catastrophe sanitaire »

Malgré ces mesures, les soignants ne décolèrent pas et continuent de dénoncer « la casse de l’hôpital public ». « C’est toute la politique de santé qu’il faut revoir », explique Gilles Pialoux, chef du service maladies infectieuses de l’hôpital Tenon à Paris :

Depuis 1989 nous subissons les baisses budgétaires et la tarification de l’activité. Nos conditions d’exercice se dégradent et de plus en plus de médecins s’en vont dans le privé.

Ce manque d’attractivité, « c’est le serpent qui se mord la queue », ajoute une infirmière de l’hôpital Saint-Louis, « ils ferment des lits parce qu’on manque de personnel et comme il n’y a plus de personnel ils ferment des lits, c’est sans fin ». Ainsi, ces soignants se sentent désarmés, plus en capacité d’exercer un métier qu’ils ont choisi par « vocation » dans des conditions dignes, pour eux, mais surtout pour les patients.

« On a peur d’une catastrophe sanitaire, alerte Salima, infirmière dans un hôpital du Val d’Oise, chez nous il n'y a presque plus de généralistes. Alors tout le monde vient se faire soigner aux urgences, mais sur les 19 lits que nous avions, il n’y en a plus que 6 et encore parce qu’on s’est battus pour les garder. » Une situation particulièrement problématique pour les personnes les plus précaires qui n’ont pas la possibilité de se faire soigner ailleurs qu’à l’hôpital public. « Parfois, nous sommes obligés d’envoyer les gens se faire soigner dans un autre hôpital à plusieurs kilomètres par manque de place. Alors ces personnes, qui sont pourtant dans une grande précarité, doivent prendre un taxi pour se faire soigner », déplore Salima.

Et c’est pour signaler ce manque de moyens humains et financiers qui les oblige à faire attendre les patients parfois jusqu’à 15 heures sur un brancard dans un couloir qu’une délégation de syndicats souhaitait rencontrer le premier ministre à la fin de la manifestation. « Nous avions demandé une audience à Édouard Philippe parce que Madame Buzyn connaît très bien la situation mais jusqu’ici rien n’avance. Nous venons d’apprendre qu’il refusait de nous rencontrer mais nous continueront la grève illimitée des urgences parce que les patients sont en danger et le personnel est exténué », signale Stéphane Gaudemar, secrétaire général de la CGT de l’hôpital de Chartres.

Mais en dépit d’une situation « qui ne prend pas le bon tournant », la combativité des soignants n’est pas entamée. Ce jeudi l’espoir était toujours présent comme l’illustre ce slogan entonné dans les rangs : « Nous sommes hospitaliers, et nous allons gagner. » En l’absence de réponses satisfaisantes du gouvernement, il n’est pas exclu que ces milliers de soignants, venus de toute la France, se rallient à la grève interprofessionnelle et illimité que la CGT, FO, FSU et Solidaires appellent de leurs vœux.


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