La Bolivie dans les affres de l’après-Evo
Alors que l’ex-Président charismatique est réfugié au Mexique, le pays est la proie d’une grave crise politique dont tentent de tirer parti les secteurs les plus radicaux d’une société complexe et divisée.
dans l’hebdo N° 1579 Acheter ce numéro

Coup d’État ou pas ? Depuis le 10 novembre et la démission forcée du président Evo Morales, au pouvoir depuis près de quatorze ans, la Bolivie vit une crise institutionnelle et politique. L’interprétation même des événements fait l’objet, dans le pays et au-delà, d’une intense bataille sémantique. Pour les partisans du président démissionnaire, pas de doute sur la qualification de « coup d’État ». Pour ses opposants, eux-mêmes très divers, il s’agit d’une « insurrection populaire ».
Les deux thèses trouvent de quoi s’étayer dans le déroulé complexe des événements. Pour le coup d’État, il y a bien sûr le statut d’icône de la gauche latino-américaine dont a pu jouir Evo Morales. Premier président amérindien de ce pays peuplé à 65 % d’« indigènes », il est loué notamment pour sa Constitution sur « l’État plurinational » de Bolivie de 2009, modèle d’inclusivité et de reconnaissance des droits des communautés natives. La très forte réduction de la pauvreté est également saluée par tous, y compris les instances internationales. Enfin, il a bénéficié un temps de très bons indicateurs de croissance qui ont laissé penser à un compromis historique avec les forces économiques, tout en maintenant les multinationales nord-américaines à distance des énormes ressources naturelles du pays.
Le rôle de l’armée interroge également. Lorsque le commandant en chef des forces armées de Bolivie, au soir du 10 novembre, a « suggéré » la