Les Kurdes de Syrie dos au mur

En quelques jours, la région autonome du nord-est de la Syrie s’est effondrée sur elle-même. Prises à revers par un retournement d’alliances, les forces kurdes, esseulées, naviguent à vue. Ce n’est désormais plus la survie du système mis en place depuis 2012 qui les anime, mais comment empêcher qu’un cycle de revanche meurtrier ne s’active contre eux.

Laurent Perpigna Iban  • 28 janvier 2026 abonné·es
Les Kurdes de Syrie dos au mur
Des membres des Forces démocratiques syriennes (FDS) dirigées par les Kurdes arrivent dans la ville kurde de Kobané, le 23 janvier 2026.
© AFP

L’histoire se répète. Kobané, petite ville à majorité kurde nichée à l’extrême nord de la Syrie, vit de nouveau une situation de siège. La cité martyre, qui, ironie du sort, se libérait il y a tout juste onze ans des griffes de l’organisation État islamique au terme d’une effroyable bataille, se retrouve à nouveau asphyxiée. Dans son dos, le mur de séparation avec la Turquie ; sur les trois autres flancs, les forces gouvernementales qui stationnent en embuscade, prêtes à fondre sur la localité. Et si un cessez-le-feu court toujours jusqu’au 8 février, les témoignages qui nous proviennent de l’intérieur de la cité sont glaçants.

Privées d’électricité et d’eau potable, les dizaines de milliers de personnes qui y sont retranchées – locaux et habitants des villages alentour –, aux côtés des Unités de protection du peuple et de la femme (YPG et YPJ), font face à une situation humanitaire désastreuse, aggravée par les conditions climatiques extrêmes qui frappent le nord syrien. Selon le Croissant-Rouge kurde, quatre enfants seraient morts de froid ces derniers jours. Des informations impossibles à vérifier de manière indépendante : la ville est désormais coupée du monde, et selon les locaux, dépourvue d’aide extérieure.

Sur le flanc est, une autre « poche » kurde est, elle aussi, sur le pied de guerre. À sa pointe sud, la cité mixte arabo-kurde d’Hassaké ressemble de plus en plus à une ligne de front qui, à moins d’un accord pour le moins improbable avec Damas, n’attend qu’une allumette pour s’enflammer.

Perte des régions arabes

Une nouvelle réalité que beaucoup peinent encore à mesurer. Car c’est un revirement de situation spectaculaire qui s’est joué en quelques semaines à peine en Syrie, mettant fin à la cogestion autonome arabo-kurde du nord-est du pays, qui courrait depuis presque une décennie. En cause, un double retournement d’alliances : celle des membres arabes des Forces démocratiques syriennes (FDS) d’un côté, poussés par les tribus locales, et des États-Unis de l’autre.

Un état de fait qui couvait depuis longtemps, et qui a connu un tournant majeur le

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