Les Kurdes de Syrie dos au mur
En quelques jours, la région autonome du nord-est de la Syrie s’est effondrée sur elle-même. Prises à revers par un retournement d’alliances, les forces kurdes, esseulées, naviguent à vue. Ce n’est désormais plus la survie du système mis en place depuis 2012 qui les anime, mais comment empêcher qu’un cycle de revanche meurtrier ne s’active contre eux.

© AFP
L’histoire se répète. Kobané, petite ville à majorité kurde nichée à l’extrême nord de la Syrie, vit de nouveau une situation de siège. La cité martyre, qui, ironie du sort, se libérait il y a tout juste onze ans des griffes de l’organisation État islamique au terme d’une effroyable bataille, se retrouve à nouveau asphyxiée. Dans son dos, le mur de séparation avec la Turquie ; sur les trois autres flancs, les forces gouvernementales qui stationnent en embuscade, prêtes à fondre sur la localité. Et si un cessez-le-feu court toujours jusqu’au 8 février, les témoignages qui nous proviennent de l’intérieur de la cité sont glaçants.
Privées d’électricité et d’eau potable, les dizaines de milliers de personnes qui y sont retranchées – locaux et habitants des villages alentour –, aux côtés des Unités de protection du peuple et de la femme (YPG et YPJ), font face à une situation humanitaire désastreuse, aggravée par les conditions climatiques extrêmes qui frappent le nord syrien. Selon le Croissant-Rouge kurde, quatre enfants seraient morts de froid ces derniers jours. Des informations impossibles à vérifier de manière indépendante : la ville est désormais coupée du monde, et selon les locaux, dépourvue d’aide extérieure.
Sur le flanc est, une autre « poche » kurde est, elle aussi, sur le pied de guerre. À sa pointe sud, la cité mixte arabo-kurde d’Hassaké ressemble de plus en plus à une ligne de front qui, à moins d’un accord pour le moins improbable avec Damas, n’attend qu’une allumette pour s’enflammer.
Perte des régions arabesUne nouvelle réalité que beaucoup peinent encore à mesurer. Car c’est un revirement de situation spectaculaire qui s’est joué en quelques semaines à peine en Syrie, mettant fin à la cogestion autonome arabo-kurde du nord-est du pays, qui courrait depuis presque une décennie. En cause, un double retournement d’alliances : celle des membres arabes des Forces démocratiques syriennes (FDS) d’un côté, poussés par les tribus locales, et des États-Unis de l’autre.
Un état de fait qui couvait depuis longtemps, et qui a connu un tournant majeur le
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