L’opinion manipulée

Quel sens peut bien avoir, aujourd’hui, un sondage sur la présidentielle de… 2022 ? À deux ans et demi du scrutin ? Rigoureusement aucun.

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Il fut une époque, que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître, où la publication de sondages électoraux était interdite dans la semaine précédant un scrutin. Il faudrait songer à les interdire tant qu’une campagne électorale n’est pas officiellement lancée et que les candidats ne sont pas déclarés. Quel sens peut bien avoir, aujourd’hui, un sondage sur la présidentielle de… 2022 ? À deux ans et demi du scrutin ? Rigoureusement aucun. Deux instituts, Elabe et l’Ifop, travaillant respectivement pour BFM et Le Journal du dimanche, se sont pourtant livrés à cet exercice fictif (À lire ici et ici). Et leur verdict serait sans appel puisque l’un et l’autre nous assurent, comme l’écrit le JDD, que Marine Le Pen et Emmanuel Macron « progresseraient tous deux en suffrages » et « distancent, et de loin, leurs autres concurrents ». Que la droite (canal Les Républicains) soit représentée par Xavier Bertrand, François Baroin ou Valérie Pécresse, et le PS par Olivier Faure ou Bernard Cazeneuve.

Rappelons donc, contre la plupart des commentateurs patentés qui, à l’instar d’Arlette Chabot, nous assènent que « c’est sûr, le match est installé » entre les finalistes de 2017 comme était acquise à leurs yeux l’élection de Balladur en janvier 1995, que ces sondages bidons n’ont aucun caractère prédictif. Quand le directeur général adjoint de l’Ifop, Frédéric Dabi, affirme que son « enquête sacre la nouvelle bipartition du champ politique », soit il n’a aucune mémoire de ses études d’opinion, soit il prend les lecteurs pour des cons. En 2014, un sondage Ifop testant plusieurs hypothèses de candidatures à la même distance de l’élection, selon la même méthode et sur un échantillon identique, vantait (déjà) la « poursuite de la dynamique » de Marine Le Pen donnée « en tête des intentions de vote avec un score oscillant entre 27 % et 32 % » contre 28 % aujourd’hui ; Hollande était à 13-15 %, Aubry à 13-14 %, Valls à 15 %, Mélenchon à 9-10 %, Sarkozy à 26 %, Juppé à 28-32 %, Fillon 18 %... Manquait « que » Macron !

L’intérêt de ces pseudo-enquêtes d’opinion, pour ceux qui les commandent, est essentiellement manipulatoire. En l’espèce, il s’agit d’imposer l’idée que nous n’aurons le choix qu’entre Macron et Le Pen. Et qu’à force de contester les réformes du premier on s’exposerait à faire élire la seconde puisque celle-ci, souligne l’Ifop et le journal de Lagardère, réduirait déjà l’écart en bénéficiant « au second tour d’un soutien massif des partisans de Mélenchon ». Moralité : restez chez vous et laissez passer les réformes macroniennes, sinon il vous en cuira.


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