Dossier : Les climato-faussaires bougent encore

Montée d’un dérèglement médiatique

Combat d’arrière-garde ou relance d’une bataille qu’on croyait gagnée ? Les climato-faussaires, de conviction ou juste pour faire polémique, n’ont pas quitté les studios ni les colonnes de journaux. Décryptage.

Une faille spatio-temporelle s’est ouverte sur CNews le 6 mai dernier. « Moins trois degrés ce matin dans les Yvelines […], moins un degré hier à Troyes. Attention, sujet sensible, on ne rigole pas avec le réchauffement climatique ! », ironise Pascal Praud. Le thème de « L’Heure des pros » : « Le refroidissement climatique ? » Deuxième dose d’ironie sous les yeux médusés de Claire Nouvian, l’invitée du jour. « Ce n’est pas une émission de climatosceptiques quand même ? », s’exclame l’écologiste venue parler du rapport alarmant de l’IPBES (1) sur l’effondrement du vivant. L’animateur-expert en clashs se gausse (« Les climatosceptiques n’ont pas le droit de parler quand on fait une émission ? »), soutenu par Élisabeth Lévy, directrice du magazine Causeur et polémiste en chef (« Je pense qu’il y a un consensus sur la réalité du changement climatique. Sur ses causes et sur son évolution, non. »). Le ton monte des deux côtés, les échanges se tendent et Claire Nouvian perd son sang-froid. Cette séquence a fait l’objet de plus de 1 300 signalements au CSA, mais ils concernaient le comportement misogyne et déplacé de Pascal Praud, pas les propos climato-faussaires. Au-delà du buzz, cette séquence n’est en réalité que la partie émergée de l’iceberg, qui n’a pas totalement fondu.

La déferlante des années 2000-2010, liée à la réputation de « bon client » de Claude Allègre et à ses livres racoleurs (2), s’est écrasée sur le solide rocher incarné par les scientifiques du Giec (3). Mais la mue lancinante d’un climatoscepticisme français s’opère sous nos yeux de lecteurs, auditeurs, spectateurs depuis une ou deux années. « Le scepticisme s’est déplacé : il ne porte quasiment plus sur la réalité du réchauffement climatique, mais davantage sur l’urgence, et l’importance des efforts. Les médias n’osent pas dire ce qu’il faut faire car cela demande un certain nombre de sacrifices difficilement mesurables, que ce soit notre manière de nous loger, de voyager, de nous nourrir… », observe Jean-Louis Caffier, journaliste spécialisé sur les sujets liés au climat depuis vingt-cinq ans, et aujourd’hui consultant environnement sur BFMTV. Se forment progressivement les nuances du climatoscepticisme qui colorent les lignes éditoriales des médias et l’ADN de leurs invités.

Il reste 81% de l'article à lire.

   Pour lire la suite de cet article, identifiez-vous ou créez un compte :

Article réservé

Pour lire cet article :

Je choisis un pack
Achetez un pack de crédits
pour accéder à cet article.
Consultez nos offres d’abonnement,
à partir de 8€/mois.
Déjà abonné(e) ?
Identifiez-vous.

Vous pouvez aussi acheter le journal contenant cet article ici

Haut de page

Voir aussi

Articles récents