Rodrigo Gómez Rovira : On dirait le Sud…

Rodrigo Gómez Rovira publie un travail sur la Terre de feu. Le photoreporter revient sur un itinéraire entre Chili et France, conservant un œil vif sur l’actualité sociale de son pays d’origine.

L e Chili est une cocotte-minute, avec un peuple qui possède une capacité de résistance, qui encaisse. Mais là, c’en est trop ! 1,2 million de manifestants à Santiago, des milliers ailleurs, c’est du jamais vu ! Aujourd’hui, 80 % de la population se dresse contre un capitalisme à outrance. Fin octobre a été extrêmement violent, avec un couvre-feu, des militaires partout, des magasins fermés, des assassinats, des tortures, des viols perpétrés par la police dans les commissariats, un gouvernement qui ne comprend rien, des conservateurs au pouvoir qui restent dans l’esprit de Pinochet, avec les réflexes de la dictature. »

La dictature, Rodrigo Gómez Rovira connaît. Il est né en 1968 à Santiago du Chili. Son père, Raúl, fraye avec les milieux culturels, dans le sillage de la candidature de Salvador Allende (élu le 3 novembre 1970, avant d’être renversé par la dictature militaire le 11 septembre 1973) ; il travaille principalement avec des artistes de la scène latino, de Victor Jara aux Quilapayún. Sa mère, Consuelo, œuvre dans l’éducation sanitaire auprès des plus démunis. Rodrigo est l’aîné d’une fratrie de trois garçons, le cadet naissant dix jours avant le coup d’État. À ce moment, son père est en tournée en France avec les Quilapayún. Vingt jours durant, Consuelo est harcelée et interrogée par les militaires à la recherche de Raúl – ils ont déjà torturé et assassiné Victor Jara. Elle invente un tas d’histoires pour faire diversion. Il s’agit de quitter le pays dare-dare.

Culture de la rue

En France, Raúl est soutenu et aidé par Dominique Frelaut, maire communiste de Colombes, qui délivre des billets d’avion pour rapatrier les proches de la troupe des Quilapayún, Raúl compris. La petite famille Gómez Rovira débarque à Colombes en octobre 1973. Et s’installe, toujours épaulée par le maire, dans un HLM en fin de construction, la tour Z, haute de vingt-huit étages. Qui voit arriver également les familles des musiciens chiliens. Rodrigo grandit ainsi, dans une cité où la diaspora chilienne est bien représentée, dans la mixité et une certaine fraternité. Surtout, le gamin vit dans une double culture. Inscrit à l’école républicaine tandis qu’à la maison « on parle chilien, le téléphone sonne en chilien, on écoute de la musique chilienne, on mange chilien ». Empanadas et maïs grillé chipé dans les champs alentour.

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