Voile : « Ces polémiques alimentent un racisme »

Loin des arguments invoqués de féminisme et de laïcité, les controverses autour du voile islamique illustrent un refus de la visibilité de l’islam dans l’espace public français, selon Hourya Bentouhami.

Maîtresse de conférence en philosophie à l’université Jean-Jaurès de Toulouse et membre de l’Institut universitaire de France, Hourya Bentouhami s’inquiète des conséquences possibles de la multiplication des débats sur le voile islamique. Car celle-ci, dit-elle, alimente l’idée dangereuse d’une incompatibilité entre l’islam et la République.

De quand datent les premières polémiques autour du foulard islamique en France ?

Hourya Bentouhami : On fait souvent remonter le début de ces polémiques à l’affaire du collège de Creil (1). Mais, en réalité, cette question de la France et du foulard islamique a une chronologie beaucoup plus lointaine. À l’époque coloniale, le dévoilement des femmes musulmanes était déjà au centre des politiques de « civilisation » . Cette injonction à ôter le foulard – notamment lors de « cérémonies de dévoilement » organisées – était une forme de domination coloniale des mœurs, suivant cette idée qu’en se dévoilant ces femmes montreraient un désaveu de leur culture d’origine, alimentant ainsi une démoralisation des familles musulmanes favorisant l’occupant. Plus tard, il y a eu une importation de cette question du voile sur le territoire français, du fait des migrations post-coloniales. La scène devient dès lors celle de la métropole. Ce sont les affaires de Creil et celles qui ont suivi. Puis il y a un tournant en 2004 avec la loi sur les signes religieux à l’école, qui devait, nous assurait-on, clore les débats autour du foulard. Mais, loin de les clore, cette loi a en quelque sorte ouvert la voie à une légitimation de l’islamophobie, provoquant une multiplication des polémiques, une augmentation de la violence de celles-ci et une extension de l’espace au sein duquel le foulard islamique devrait être absent, au nom de la laïcité.

Quelles évolutions remarquez-vous dans l’articulation du débat public autour du voile ?

Il y a une extension tout d’abord géographique. Au départ, il s’agissait du port du foulard à l’école, celle-ci étant considérée comme la matrice du républicanisme et donc le lieu d’une certaine idée de la laïcité où les signes d’appartenance à une religion n’auraient pas leur place. Puis il y a eu la question des accompagnantes scolaires, du voile à la plage, dans le sport, en politique… Ce sont tous les espaces de la vie ordinaire qui sont visés. Il y a une forme de suspicion généralisée autour des vêtements des femmes musulmanes et de ce qu’ils seraient censés exprimer. Le lieu d’exercice de la « laïcité » ici invoquée, au détriment de l’idée même de laïcité, est sans cesse élargi, des administrations publiques aux écoles, aux sorties scolaires, aux plages, aux piscines, aux salles de sport, et peut être étendu à l’infini. En réalité, ce qu’on ne supporte pas, c’est la visibilité de l’islam dans l’espace public.

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