Annie Ernaux

La Nouvelle Revue française publie un texte de l'écrivaine d’une lumineuse acuité.

Cet article est en accès libre. Politis ne vit que par ses lecteurs, en kiosque, sur abonnement papier et internet, c’est la seule garantie d’une information véritablement indépendante. Pour rester fidèle à ses valeurs, votre journal a fait le choix de ne pas prendre de publicité sur son site internet. Ce choix a un coût, aussi, pour contribuer et soutenir notre indépendance, achetez Politis, abonnez-vous.


Le numéro de janvier de La Nouvelle Revue française (NRF) recèle (au moins) une pépite : le texte qu’Annie Ernaux a lu à l’occasion de la réception du prix Formentor 2019, dont elle a été la lauréate. Ce fut l’occasion pour elle d’expliciter ce que son sentiment d’illégitimité sociale a eu pour effet sur son écriture. Ce texte, intitulé La Violence d’écrire, est d’une lumineuse acuité. Annie Ernaux écrit notamment : « Une phrase de Roland Barthes cognait de façon répétée dans ma tête : “Écrire, c’est déterminer l’aire sociale au sein de laquelle on choisit de situer son langage.” » Elle ajoute cette précision, devenue rare aujourd’hui où la théorie est communément condamnée : « La théorie n’est pas l’ennemie de la création littéraire, elle permet au contraire de la penser de façon nouvelle. » Puis elle continue : « C’est cependant à partir de la mémoire d’une sensation que je découvrirai le lieu de mon écriture et la place que je devais y occuper. » Un jour, Annie Ernaux offrit un vase d’opaline à sa mère, qui, ne sachant la valeur de cette matière, reçut ce cadeau avec un rire qui exprimait son embarras. Ce rire fit prendre conscience à la future auteure des Années de son écartèlement entre son « être d’enfance et d’adolescence » et « l’être qui avait choisi un cadeau selon ses nouveaux goûts ». « C’est dans cet entre-deux que je devais écrire, dans cette distance de soi à soi, sur cette ligne de partage entre deux mondes », écrit-elle. Dès lors, la préoccupation première devenait la forme, la langue. Car, écrit-elle encore : « Je m’efforce […] d’explorer le monde réel, de le déchiffrer en le dépouillant des visions et des valeurs dont est porteuse la langue à toutes les époques. » Voilà pourquoi l’œuvre exceptionnelle d’Annie Ernaux est un ferment de subversion.

La Nouvelle Revue française, n° 640, janvier 2020, Gallimard, 148 pages, 15 euros.


Haut de page

Voir aussi

Articles récents

Campagne d’appel à dons

Appel à dons : Politis a besoin de vous !
Consultez la page dédiée à la campagne

YesYes se tient plus que jamais à votre service !

Souhaitez-vous recevoir les notifications de la rédaction de Politis ?

Ces notfications peuvent être facilement desactivées par la suite dans votre navigateur.