La droite de Matzneff

C’est paresse intellectuelle que d’expliquer l'indulgence dont a bénéficié le dandy pervers par « le triomphe du gauchisme culturel ».

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Gabriel Matzneff est enfin rattrapé par son passé. Et de Valeurs actuelles à Marianne, c’est la « gauche morale et intellectuelle » et l’esprit de Mai 68 qui se retrouvent accusés de complaisance face à la pédophilie. Que ce dandy pervers ait bénéficié de complicités et de protections dans l’édition et l’intelligentsia germanopratine n’est pas contestable. Mais c’est paresse intellectuelle d’expliquer cette indulgence par « le triomphe du gauchisme culturel » dans les années 1970 et les effets d’« une révolution sexuelle prétendant abolir tout ordre moral » comme l’assène Eugénie Bastié (Le Figaro, 31 décembre). Car Matzneff, s’il y comptait quelques amis, n’était pas de ces « fervents progressistes » que fustigent d’amnésiques procureurs.

La revue Éléments, organe de la « Nouvelle Droite » qui l’encense depuis ses premiers numéros, le classait en février 1999 parmi les figures de cette « droite hussarde » qui a pour « adversaire principal le militantisme [et] le puritanisme ». En mars 1976, un certain Michel Marmin, chroniquant élogieusement le journal de Matzneff des années 1953-1963, y estimait que sa « pédophilie » procédait d’« un hédonisme souvent réjouissant » nourri par un « paganisme méditerranéen ». « L’Archange Gabriel », titre d’un long article d’Alain de Benoist (Éléments, automne 1986), n’avait pas attendu Mai 68 pour assouvir ses pulsions pour Les moins de seize ans. Que cet ouvrage publié en 1974 ait fait « scandale » scandalise de Benoist, qui tonne contre « les ligues de vertu, les esprits pincés, les fesses serrées » et les « imbéciles », avant d’écrire : « Je ne doute pas que les jeunes personnes qui fréquentent Gabriel Matzneff apprendront à son contact plus de choses belles et élevées que dans la vulgarité et la niaiserie que secrète à foison leur vie familiale et scolaire. »

« Les gens qui n’aiment pas Matzneff me sont immédiatement antipathiques », déclarait-il encore en 2012, en évoquant sa relation avec cet « ami d’un demi-siècle » dont il a « fait la connaissance à la fin de l’année 1962, sans doute par l’intermédiaire de François d’Orcival », aujourd’hui pilier de Valeurs actuelles et éditorialiste au Figaro-magazine. En février 1991, alors qu’il avait invité son « ami » à exposer sa morale dans sa revue Krisis, ce dernier y jugeait la « morale “permissive” » de l’Occident « répugnante » : « La luxure n’est élégante, elle ne demeure pudique, que tant qu’elle est le privilège d’un petit nombre d’êtres sensibles, raffinés. Dès qu’elle se démocratise, elle devient immonde. » Un élitisme aristocratique méprisable, bien loin de l’esprit de Mai 68.


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