Disparition de Pierre Guyotat

Un écrivain hors norme qui s’est éteint le 7 février.

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Un écrivain hors norme s’est éteint à 80 ans, le 7 février. La discrétion de Pierre Guyotat dans les médias était inversement proportionnelle à la place qu’il occupe dans la littérature de la seconde moitié du XXe siècle et du début du XXIe. C’est en 1967, alors qu’il n’a que 27 ans, qu’il bouleverse la scène poétique avec Tombeau pour cinq cent mille soldats (Gallimard), un roman puissamment fantasmatique et profondément matérialiste – deux composantes caractéristiques de toute son œuvre. Il y évoque une guerre imaginaire, celle d’Algérie où il a fait son service militaire entre 1960 et 1962 n’étant pas loin, de façon déjà scandaleuse : la violence sexuelle y est omniprésente. Trois ans plus tard, Éden, Éden, Éden (Gallimard), qui en est une forme de prolongement, ne passe pas l’obstacle de la censure. Ce qui est le plus insupportable pour l’ordre établi (qu’il soit littéraire, politique…), c’est la manière dont Guyotat renverse la langue pour en faire jaillir de l’inouï, pour mettre à ciel ouvert la monstruosité qu’il liait au sacré. Il a continué dans cette voie avec des œuvres « en langue », disait-il, telles que Prostitution, Le Livre ou Progénitures (Gallimard, 1975, 1984 et 2000). Il a aussi développé, dans une écriture plus « normative », toujours selon ses mots, une veine autobiographique, dont Idiotie (Grasset, 2019, prix Médicis), où on lit ces mots : « C’est de la bêtise que je dois faire œuvre, de l’idiot qui parle […] – par l’idiot, détruire l’humanisme, comprendre le monstre politique ou de camp (le culturel n’a pas empêché la pire déshumanisation […]) – plus le mental et les préoccupations sont limités, plus le verbe est beau et ample : l’idée fixe comme percée et éclatement du réel. »


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