Jean Daniel, l’homme des équilibres improbables

Quatre adjectifs pour une esquisse de portrait subjectif du directeur du Nouvel Observateur, mort le 19 février.

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Au cours d’une longue carrière, il fut un temps où on ne pouvait pas ne pas avoir croisé Jean Daniel, sans jamais avoir été son employé mais en s’honorant – c’est ainsi qu’il aurait aimé qu’on le dise – d’avoir été son confrère. À chaque rencontre pourrait correspondre un adjectif. En voici quatre pour une esquisse de portrait subjectif du directeur du Nouvel Observateur, mort le 19 février.

Déférent. Il le fut à l’excès, et jusqu’à l’obséquiosité, avec Hassan II lors d’une rencontre à Rabat à laquelle il m’a été donné d’assister à l’occasion de l’enregistrement d’une émission de télé. Jean Daniel était l’un de ces « amis du roi » si justement dénoncés par Gilles Perrault. C’est la face la plus sombre du personnage, trop sensible aux honneurs et amoureux des ors, monarchiques ou républicains.

Surprenant. Il l’a été en venant un soir assister à un concert organisé pour je ne sais plus quel anniversaire de Politis.

Bienveillant. Il savait l’être avec ses jeunes confrères. Il le fut lors d’un déjeuner en petit comité dans le Sud tunisien, où nous suivions François Mitterrand.

Ambigu. Lorsqu’il m’a adressé un jour cette petite vacherie en forme de compliment : « Politis, je vous lis ; vous remplissez admirablement votre office. » Mais Jean Daniel, celui que l’on a lu, nous, beaucoup et sans déplaisir, c’est l’homme des équilibres improbables et souvent artificiels. L’homme qui voulait marier l’eau et le feu dans le conflit israélo-palestinien. Surtout, ne jamais oublier les torts du colonisé ! « Homme de paix » à la façon de son ami Shimon Peres, il vouait le conflit à l’impasse d’une guerre de religion, sans doute plus séduisante pour l’esprit qu’un âpre conflit colonial. La complexité était son credo. C’est une quête honorable à condition qu’elle n’ait pas pour but de ne déplaire à personne.


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