Jean Daniel, l’homme des équilibres improbables

Quatre adjectifs pour une esquisse de portrait subjectif du directeur du Nouvel Observateur, mort le 19 février.

Denis Sieffert  • 26 février 2020
Partager :
Jean Daniel, l’homme des équilibres improbables
© ULF ANDERSEN / Aurimages / AFP

Au cours d’une longue carrière, il fut un temps où on ne pouvait pas ne pas avoir croisé Jean Daniel, sans jamais avoir été son employé mais en s’honorant – c’est ainsi qu’il aurait aimé qu’on le dise – d’avoir été son confrère. À chaque rencontre pourrait correspondre un adjectif. En voici quatre pour une esquisse de portrait subjectif du directeur du Nouvel Observateur, mort le 19 février.

Déférent. Il le fut à l’excès, et jusqu’à l’obséquiosité, avec Hassan II lors d’une rencontre à Rabat à laquelle il m’a été donné d’assister à l’occasion de l’enregistrement d’une émission de télé. Jean Daniel était l’un de ces « amis du roi » si justement dénoncés par Gilles Perrault. C’est la face la plus sombre du personnage, trop sensible aux honneurs et amoureux des ors, monarchiques ou républicains.

Surprenant. Il l’a été en venant un soir assister à un concert organisé pour je ne sais plus quel anniversaire de Politis.

Bienveillant. Il savait l’être avec ses jeunes confrères. Il le fut lors d’un déjeuner en petit comité dans le Sud tunisien, où nous suivions François Mitterrand.

Ambigu. Lorsqu’il m’a adressé un jour cette petite vacherie en forme de compliment : « Politis, je vous lis ; vous remplissez admirablement votre office. » Mais Jean Daniel, celui que l’on a lu, nous, beaucoup et sans déplaisir, c’est l’homme des équilibres improbables et souvent artificiels. L’homme qui voulait marier l’eau et le feu dans le conflit israélo-palestinien. Surtout, ne jamais oublier les torts du colonisé ! « Homme de paix » à la façon de son ami Shimon Peres, il vouait le conflit à l’impasse d’une guerre de religion, sans doute plus séduisante pour l’esprit qu’un âpre conflit colonial. La complexité était son credo. C’est une quête honorable à condition qu’elle n’ait pas pour but de ne déplaire à personne.

Médias
Temps de lecture : 2 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

Meurtre de Nahel : le combat des mots
Médias 24 juin 2026 abonné·es

Meurtre de Nahel : le combat des mots

Dès les premières heures après la mort de Nahel, les mots des médias grand public ont déshumanisé le jeune homme. L’éventualité d’un retour du terme « meurtre » dans le débat public, avant le procès du policier, autorise la perspective d’un autre regard sur « l’affaire Nahel ».
Par Ramdan Bezine
« Un chef, un journaliste, et de l’IA » : les nouvelles méthodes brutales au Quotidien du médecin et au Quotidien du pharmacien
Presse 18 juin 2026 abonné·es

« Un chef, un journaliste, et de l’IA » : les nouvelles méthodes brutales au Quotidien du médecin et au Quotidien du pharmacien

En mars, le groupe Ficade a racheté Profession Santé, leader des médias dédiés aux professionnels de la santé. Quelques mois plus tard, des dizaines de journalistes du Quotidien du médecin et du Quotidien du pharmacien préfèrent quitter leurs rédactions. Beaucoup dénoncent les méthodes de la nouvelle direction.
Par Céline Martelet
Un « Politis des lycéen·nes » à télécharger librement
Jeunesse 27 mai 2026

Un « Politis des lycéen·nes » à télécharger librement

Pendant presque un an, Politis a accompagné des élèves du lycée du Dauphiné, à Romans-sur-Isère, dans l’élaboration d’un journal. En mai 2026, ce numéro spécial et inédit voit le jour, en libre accès.
Comment l’extrême droite veut discipliner l’audiovisuel public avant de le privatiser
Parti-pris 27 avril 2026

Comment l’extrême droite veut discipliner l’audiovisuel public avant de le privatiser

Derrière les discours de rigueur et de neutralité, le rapport porté par Charles Alloncle esquisse bien davantage qu’une réforme technique : une remise en cause profonde du pluralisme médiatique.
Par Pierre Jacquemain