La planification écologique : un impératif

Comme en 1945, l’objectif est de construire sur de nouvelles bases l’appareil productif.

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Il y a un quasi-consensus pour considérer que la transition vers une société décarbonée est un objectif majeur en ce début de XXIe siècle. Mais il n’y a pas d’accord sur les moyens d’y parvenir. Une chose est certaine pourtant : le dérèglement climatique et la réduction de la diversité biologique sont des processus de long terme, qui prennent leurs racines aux origines de la société industrielle et risquent de s’amplifier dans les décennies futures. Laisser aux seuls marchés, par nature court-termistes, le rôle moteur dans la mise en œuvre de la transition conduirait à la « tragédie de l’horizon », selon l’expression de Mark Carney (1) : les décisions nécessaires ne seront pas prises, car les risques catastrophiques et collectifs susceptibles de se manifester se situent au-delà de l’horizon de la plupart des acteurs économiques.

Les sociétés contemporaines doivent affronter non seulement un problème d’horizon temporel, mais aussi d’incertitude concernant les conséquences du dérèglement climatique. Parmi ces facteurs d’incertitude, qui freinent les investissements des entreprises, il y a ce que les économistes appellent le risque de transition, lié aux changements concernant les politiques publiques futures, par exemple dans le domaine de la fiscalité écologique.

Il revient donc aux responsables politiques d’énoncer à l’avance leur vision du futur et les politiques publiques qui seront engagées. Cela devrait être la mission de la planification écologique. Créé en 1945, au moment de la reconstruction de l’économie française, le Plan français a joué le rôle majeur de « réducteur d’incertitude », selon l’expression de Pierre Massé, commissaire général du Plan de 1959 à 1965. Jugé incompatible avec l’idéologie néolibérale, le Plan a été supprimé en 2006. Réinventer cette institution politique du long terme est un impératif pour conduire la transition. Car, comme ce fut le cas dans l’après-guerre, l’objectif aujourd’hui est également de construire sur de nouvelles bases l’appareil productif, les infrastructures de transport, l’habitat. La planification écologique doit notamment permettre d’articuler les investissements publics avec la programmation pluriannuelle de l’énergie prévue par la loi sur la transition énergétique de 2015.

Il faut tirer profit des expériences de planification. Ainsi, la Suède est l’un des pays les plus efficaces dans la lutte contre les émissions de CO2, notamment grâce un système de planification qui lui a permis de programmer dès les années 1990, d’une manière concertée, la hausse progressive du prix du carbone, actuellement trois fois plus élevé qu’en France. Une des caractéristiques importantes du Plan français est qu’il a été une instance de concertation entre les acteurs politiques, économiques et sociaux. On sait aujourd’hui qu’une telle concertation est nécessaire pour favoriser l’adhésion de la société aux politiques publiques. L’idéologie et la méthode de gouvernement macroniennes sont hélas aux antipodes de toute idée de planification écologique et de concertation sociale…

(1) Ancien gouverneur de la banque d’Angleterre, envoyé spécial de l’ONU pour le climat.


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