Vous avez dit obstruction ?

En s’opposant pied à pied à cette réforme injuste et inéquitable, les députés d’opposition sont dans leur rôle.

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Sur toutes les antennes, élus et éditorialistes acquis à la réforme des retraites nous servent la même antienne : les méchants députés de l’opposition, singulièrement les insoumis et les communistes, font de l’obstruction, empêchent tout débat de fond sur le projet gouvernemental et retardent son adoption. Ce qui justifierait que le gouvernement active le 49.3. Pour autant, en s’opposant pied à pied à cette réforme injuste et inéquitable, les députés d’opposition sont dans leur rôle. Mieux, par leurs interpellations, ils éclairent chaque jour les zones d’ombre du texte, au-delà des éléments de langage. Notamment celui-ci : avec la garantie d’« une pension minimale de 1 000 euros net par mois pour une carrière complète au Smic », annoncée par Édouard Philippe le 11 décembre, la loi représenterait une « conquête sociale » pour les précaires et les agriculteurs.

Sommé une nouvelle fois d’« expliquer ce que serait, dans le nouveau système, une carrière complète », le secrétaire d’État chargé des retraites, Laurent Pietraszewski, a enfin répondu le 21 février : « Une carrière est complète quand 516 mois ont été travaillés ; il faut cotiser au moins 50 heures au Smic pour valider un mois. Dès 2037, ceux qui rempliront ces conditions auront accès au minimum de pension, d’un montant équivalent à 85 % du Smic. » Dans le système actuel, où une carrière complète se compte en trimestres, il faut 150 heures pour valider un trimestre. Un mois à 150 heures permet d’obtenir cette validation, même si les deux autres mois sont non travaillés. Un système par mois est moins avantageux puisque les bons mois ne rattrapent pas les mauvais. La probabilité pour les précaires de bénéficier à leur retraite de ce « minimum contributif » est infime, contrairement aux dires d’Édouard Philippe qui assurait que « les Français qui ont des carrières heurtées ou qui sont forcés de travailler à temps partiel ne seront plus pénalisés ».

Pénalisés, les chômeurs non indemnisés le seront également puisqu’il ressort des débats du 22 février qu’aucun point ne leur sera alloué ; le Premier ministre prétendait le contraire. Quant aux agriculteurs, Emmanuel Macron a exclu samedi une revalorisation des pensions pour les 1,3 million de personnes déjà retraitées, et l’examen minutieux de la loi fait apparaître que les conditions fixées pour obtenir la fameuse pension minimale excluent 40 % des agriculteurs.

Le projet du gouvernement n’est décidément qu’un « grand bond en arrière », comme l’a reconnu lundi la députée LREM Cendra Motin. Un lapsus révélateur étonnamment applaudi par ses collègues marcheurs. De l’obstruction peut naître la lumière.


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