Le dangereux confinement des femmes victimes de violences

Pour les associations d’accompagnement aux femmes victimes de violences conjugales, l’augmentation des passages à l’acte durant le confinement est une certitude. Elles appellent le gouvernement à prendre des mesures.

Chloé Dubois (collectif Focus)  • 26 mars 2020
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Le dangereux confinement des femmes victimes de violences
© BERTRAND LANGLOIS / AFP

Au temps du confinement, l’augmentation des risques de violences conjugales n’est pas à craindre. C’est une réalité.Pour y faire face, les associations réclament la mise en place de mesures exceptionnelles pour protéger les femmes confinées avec leur conjoint violent. Françoise Brié, présidente de la Fédération nationale solidarité femmes, rappelle que le 3919, numéro d’information à destination des femmes victimes de violences, un temps inopérant, est, depuis samedi 21 mars, de nouveau opérationnel. En raison d’une baisse de personnel, les horaires d’écoute ont toutefois dû être réaménagées : du lundi au samedi, de 9 h à 19 h, le temps que dureront les mesures de confinement de la population.

Pour le moment, « il est difficile de savoir si le nombre d’appel a diminué puisque nous avons dû réorganiser toute notre logistique, et nous n’avons pas encore de quoi les mesurer, explique Françoise Brié. Toutefois, les écoutantes semblent noter une baisse de sollicitation, ce qui était à craindre… Appeler lorsqu’on est en face de son agresseur, ce n’est pas forcement simple. »

Violence en huis clos

Pour Caroline De Haas, militante féministe membre du collectif #NousToutes, « le confinement est évidemment quelque chose de sidérant. Pour la plupart des foyers, la priorité, c’est d’organiser la vie quotidienne, l’école, ou même les courses. Sans compter qu’il est très difficile d’appeler alors que le conjoint est présent tout le temps. » Comment faire, alors, pour protéger les femmes – et leurs enfants – susceptibles d’être confinées avec leur conjoint violent ?

« Toutes les périodes de crise augmentent le risque de violences, note Caroline De Haas. Sur le plan individuel, ce sont les périodes de licenciement, de deuil ou de divorce qui sont particulièrement dangereuses. Mais c’est aussi vrai sur le plan collectif. » Les situations de promiscuité, de stress et de fatigue vécues du fait du confinement sont évidemment de celles-là. Et ce qui est à craindre, c’est « la multiplication des passages à l’acte ». Sur ce point, le collectif appelle à la vigilance de chacun et chacune. « Nous devons faire attention à ce que l’on entend et à ce qu’il se passe autour de nous, explique Caroline De Haas. Si nous entendons des cris, des pleurs, des hurlements, il faut composer le 17. » Afin de prévenir ces violences, la militante appelle aussi la population à prendre des nouvelles de son entourage et à demeurer attentive : « Si le confinement est exigé, il n’est pas interdit de fuir ». Mais fuir pour aller où ?

Le temps du confinement, « il va être en effet beaucoup plus difficile pour les femmes de quitter leur domicile, affirme Marie Cervetti, directrice de l’association Une femme, un toit (FIT). Dans les centres d’hébergement, il n’y a plus de place. Et nous savons que les femmes victimes de violence ne partent généralement que lorsqu’elles sont sûres d’avoir un plan B, donc un plan logement. »

Au sein du centre d’hébergement parisien du FIT géré par Marie Cervetti, les résidentes sont confinées dans leurs chambres, des espaces d’environ 15m². Toutes sont des jeunes femmes entre 18 et 25 ans qui ont été victimes de violences sexistes et sexuelles, au sein de leur famille ou de leur couple. Selon la responsable, le confinement est évidemment très difficile à vivre et ajoute à l’angoisse de ces femmes, qui ont parfois vécues « des situations de séquestration, ou des injonctions paradoxales. Beaucoup ont des idées noires et subissent en plus des pressions de leur agresseur, qui leur dit de rentrer à la maison, qu’elles y seront plus en sécurité. Une jeune femme est d’ailleurs rentrée la semaine dernière… »

Hier, mardi 24 mars, une réunion de travail réunissant différentes organisations de défense des droits des femmes a d’ailleurs été organisée sur ce point. La Fédération nationale solidarité femmes a décidé de lancer un appel aux dons afin de soutenir toutes les associations locales de son réseau et de mettre en place un dispositif de financement pour que les femmes en danger puissent accéder à des nuitées hôtelières. La fédération a également proposé au gouvernement que les « services de police et de gendarmerie puissent prononcer des interdictions d’approcher le domicile durant 15 jours, et que le relais soit ensuite passé aux parquets, précise Françoise Brié. Nous espérons une mobilisation des parquets pour qu’il y ait des réponses immédiates et rapides dès qu’une violence sera signalée, et que les agresseurs soient placés sous contrôle judiciaire, avec une interdiction d’approcher leur femme et leurs enfants. » Au micro d’Europe 1, le 22 mars, Rodrigo Arenas, le coprésident de la Fédération des conseils de parents d’élèves (FCPE) a, lui aussi, alerté sur les nombreuses « remontées de violences conjugales » depuis le début du confinement, craignant pour les enfants qui, « au bout de la chaîne, s’en prennent plein la figure quand ça craque ».

Que fait le gouvernement ?

Dans une pétition, les militantes du collectif #NousToutes réclament désormais des mesures exceptionnelles pour faire face à la situation. Elles demandent notamment la mise en place _« d’un service d’alerte ouvert 24 heures sur 24 par messagerie instantanée avec la fonction de géolocalisation par les forces de l’ordre », que le gouvernement débloque « des fonds pour financer des nuits d’hôtel lorsque les centres d’hébergement sont pleins » et l’organisation, au niveau national, « d’une assistance psychologique, juridique et sociale aux victimes de façon non présentielle ». Des mesures qui s’inspirent des dispositifs mis en place en Espagne.

« Du point de vue gouvernemental, nous avons en effet le bon exemple espagnol, défend Caroline De Haas. Le pays a mis un place un plan d’urgence spécifique “Violences et Coronavirus”, qui prévoit le renforcement des dispositifs existants, des numéros de téléphone disponibles à n’importe quelle heure, une assistance psychologique à distance et la création d’un numéro sur lequel les femmes qui se sentent en danger peuvent envoyer un SMS. Cela permet aux forces de l’ordre de les géolocaliser immédiatement pour intervenir. »Pour l’heure, les militantes n’ont pas encore obtenu de réponse à leur interpellation.

Toutefois, la garde de Sceaux, Nicole Belloubet, a présenté ce mercredi un ensemble de mesures d’exception pour la justice dans le cadre de la crise sanitaire. Selon ce texte, les tribunaux devraient donc assurer la gestion des affaires de violences conjugales et intra-familiales le temps de la durée du confinement. Par ailleurs, les ordonnances de protection pour les femmes victimes de violences conjugales arrivant à expiration durant la période d’urgence sanitaire devraient également être prolongées jusqu’à la levée du confinement.

Société
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