Les sans-abris en première ligne face au Covid-19

Alors que le coronavirus progresse en France, l’ensemble des acteurs de la solidarité et ONG se mobilisent et alertent les autorités sur la vulnérabilité des mal-logés et des sans-abris.

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N ous sommes face à une guerre sanitaire, la solidarité ne doit pas être une victime du Covid-19. » Julien Denormandie, ministre du Logement, était en visite le vendredi 13 mars au siège de la Croix-Rouge à Montrouge, où une cellule de crise et un centre opérationnel ont été mis en place pour lutter contre la propagation du virus chez les personnes les plus démunies.

Le ministre a salué l’annonce « inédite » d’Emmanuel Macron du jeudi 12 mars, le report de deux mois de la fin de la trêve hivernale prévue initialement au 31 mars. La trêve hivernale concerne les expulsions locatives, les coupures d’énergie, mais aussi le maintien des 14 000 places en hébergement d’urgence jusqu’au 31 mai. Si la mesure a été saluée par la Croix-Rouge et l’ensemble des acteurs de la solidarité, elle reste toutefois insuffisante pour les personnes sans-abris et souffrant de mal logement.

C’est en effet une question socio-sanitaire cruciale que pose le Covid-19, afin que les plus vulnérables ne soient pas les oubliés de la réponse sanitaire. « Ces personnes cochent toutes les cases du virus, souffrant parfois de maladies chroniques ou de toxicomanies. Dans les centres, il n’y a pas de personnel médical, pas d’accès aux tests. On manque de matériel de protections et solliciter le 115 déjà surchargé reste compliqué », constate Florent Guéguen, directeur de la Fédération nationale des acteurs de la solidarité ( FNARS), reçu au ministère du Logement dans l’après-midi.

Parmi les pistes envisagées par le gouvernement : la visite de médecins dans les centres en mobilisant les équipes de réserve, la création de centres d’isolement pour les personnes malades, la suppression des activités d’animation en maintenant l’ouverture des centres. La grande inconnue reste de trouver des salariés qui acceptent de les gérer. « Mobiliser tous les acteurs, oui, mais il faut aussi protéger les salariés », a souligné de son côté le directeur de la Croix-Rouge. L’organisation mobilise 60 000 bénévoles, 20 000 étudiant·es et 18 000 salarié·es, à pied d’œuvre pour lutter contre l’exclusion, et gère 3600 places d’hébergement en Île-de-France.

« Nous sommes dans une guerre sanitaire, nous devons être dans un esprit de résistance », a rappelé le ministre. Le 13 mars, une vingtaine de cas ont été recensés dans des centres d’hébergement d’urgence, dont 14 à Paris dans un centre médicalisé du XIVe arrondissement. Près de 250 000 personnes sont accueillis en centre d’hébergement d’urgence, dont 100 000 demandeurs d’asile.

Une attente de mesures fortes pour des situations extrêmes

« 92% des personnes reçues dans nos centres de santé sont mal logées ou sans-abris et sont pour la plupart sans ou avec très peu d’accès à l’hygiène », constate de son côté l’ONG Médecins du Monde. « Nous avons besoin de plus de précisions, notamment pour les personnes en bidonvilles et celles dans les campements de migrants qui n’ont pour l’heure pas d’accès à l’eau et ne peuvent par conséquent respecter les mesures de préventions sanitaires », précise Nathalie Godart, porte-parole du plaidoyer de l’ONG. Les acteurs de la solidarité souhaitent que la question de la santé prime sur les impératifs d’ expulsions.

Ce public est difficilement atteignable, par les campagnes de prévention. Il faut d’abord informer ces personnes et qu’elles ne restent pas dans des situations de rue ou de campements, et qu’elles aient accès à des hébergements pour dépasser cette situation de fragilité sanitaire.

Dans le campement d’Aubervilliers qui comptent 500 personnes, il n’y a pas toujours pas d’accès à l’eau. L’ONG demande également aux pouvoirs publics des précisions sur l’ajournement des expulsions programmées sur certains lieux. Une trêve sur les évacuations pourraient être accordées pour éviter la dispersion des personnes, mais sous conditions de répondre à des mesures d’hygiène, comme la gestion des déchets.

Dans une telle situation de crise, Nathalie Godart préconise d’activer la réquisition de gymnases qui ne sont pas occupés par les activités sportives annulées, pour assurer un hébergement transitoire, de manière inconditionnelle. Quand il y a évacuation de campements, les personnes sont dirigées vers des centres où l’hébergement est conditionné et où seule leur situation administrative est examinée. « Les personnes à la rue, dans des bidonvilles ou des campements sont des personnes qui n’ont pas accès aux soins, et sont en situation de fragilité sanitaire », insiste Nathalie Godart. L’État a progressivement délégué aux associations les problèmes de santé des personnes à la rue.

Ce qui était couvert par les bénévoles le sera moins facilement demain du fait de la fermeture des écoles. Ce qui risque d’impacter les structures associatives et donc des personnes précaires.

Les associations craignent une baisse de 40% des effectifs chez les bénévoles, en majorité des femmes. « Nous sommes très inquiets, pas sur la mobilisation du gouvernement et de l’Agence régionale de la santé (ARS) qui ont pris conscience du problème, mais pour ce public vulnérable », insiste également Florent Guéguen.


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