« On veut toujours aller plus loin, mais on n’a pas les moyens »

Série #lesdéconfinés sur Politis.fr. Le monde est en pause, mais eux continuent de s'activer. En ces temps d'épidémie, découvrez ceux qui ne sont pas confinés. Aujourd'hui Jennifer, 27 ans, infirmière dans une clinique en Paca.

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Je travaille dans une clinique en Provence Alpes Côte d'azur. C’est une petite structure qui va certainement être réquisitionnée pour recevoir soit des patients contaminés mais stables, soit des pathologies diverses à prendre en charge pour libérer les places dans les grands hôpitaux.

Depuis plusieurs jours, on renvoie tous nos patients chez eux ou dans les centres de rééducation pour pouvoir libérer la place et être prêts à être réquisitionnés. Comme nous sommes dans le privé, on est les derniers touchés pour venir en renfort. Cette situation, je ne la trouve pas vraiment logique. Privé ou public, on devrait tous être au même stade et récupérer des patients pour soulager les autres établissements qui croulent de travail…

Car on n’est pas débordés ici, on n’a pas de cas avérés dans notre établissement, mais nous n’avons pas les moyens minimums pour se protéger. Pénurie de masques : on nous en donne deux par personne alors qu’il faut le changer toutes les 3 heures. On n’est pas dépistés, rien. On peut être porteurs sains, on l’ignore. On essaie de maintenir au maximum les règles d’hygiène mais encore une fois, c’est compliqué. On ne peut même pas aider les patients qui nous demandent des masques parce qu’on n’en a pas pour nous.

Là, je viens de donner mon dernier masque de la journée à un patient âgé. Pour qu’il soit rassuré et puisse rentrer chez lui avec les bonnes conditions. Il en avait les larmes aux yeux. À la fois paniqué par la situation et rassuré d’avoir UN masque. Ce n’est pas possible de ne pas pouvoir protéger nos patients et nos personnels soignants.

Je n’ai pas vraiment d’avis à proprement parlé sur le virus, car je n’ai pas été confrontée à toutes les difficultés comme dans les autres hôpitaux. Mais juste en voyant ma « petite » clinique, j’ai peur pour eux. Car j’ai du mal à comprendre certaines choses. On n’a clairement pas les moyens, au niveau effectifs, au niveau matériel… Ce qu’il y a de bien dans cette profession, c’est qu’on se soutient mutuellement. Chaque collègue de travail se surveille. Se prive, ou se « sacrifie ». C’est dur d’en arriver là mais ce domaine, on ne le choisit pas comme ça. Par envie, par vocation, par amour. Et c’est ça qui nous maintient malgré les difficultés. J’espère vraiment que l’aide va arriver. Du gouvernement. Des pharmacies. Et surtout de la population. On insiste : rester chez soi, c’est sauver tout le monde. Les patients ET le personnel soignant, tout comme les autres personnes qui travaillent encore.

La situation sera examinée chaque jour par l’administration pour faire le point et connaître l’avenir du service de chirurgie de la clinique. Donc pour les quinze prochains jours, on doit rester disponible en cas de réquisition.

On a clairement dit que si notre service et le personnel étaient réquisitionnés, c’était avec les moyens pour. Sinon on ne venait pas. Je veux soigner. Je veux aider. Mais faut d’abord se protéger soi-même sinon, ça ne sert à rien. Et c’est une position, une situation extrêmement dure. Parce qu’on veut faire. On veut toujours aller plus loin, mais on n’a pas les moyens. On ne les a jamais… Et là, on regarde le spectacle se dérouler avec souffrance.


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