Voyage autour de ma chambre

En période de confinement, quel peut être le rapport aux œuvres du présent et du passé ?

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Le confinement imposé serait-il favorable à la lecture ? On veut le croire. Non parce qu’Emmanuel Macron nous l’a enjoint, mais parce que la rêverie et l’imagination creusent des fenêtres dans les cloisons aveugles et ouvrent des horizons malgré les sombres perspectives. Le temps n’est-il pas venu de faireun « voyage autour de [sa] chambre », pour paraphraser le titre du livre de Xavier de Maistre, paru en 1794, récit autobiographique et ironique racontant les 42 jours passés aux arrêts par son auteur ?

La période qui commence, incertaine et durement contraignante, va de nouveau montrer que la culture est loin de n’être qu’un « supplément d’âme » – cette horrible expression ! Le rapport aux œuvres s’impose, ne serait-ce que pour son effet cathartique, mais pas seulement. Il n’y a pas de hasard à ce que La Peste de Camus ait vu ses ventes s’envoler ces dernières semaines et à ce que, sur les réseaux sociaux, circulent des listes de classiques ayant en leur cœur les ravages causés par une épidémie (Œdipe Roi, de Sophocle, Le Décaméron, de Boccace, Les Fiancés, d’Alessandro Manzoni…)

Mais les modalités d’accès aux œuvres sont pour la plupart grandement modifiées, circonstances obligent. Les pages culture de ce numéro, considérées comme « froides » dans le jargon de la profession parce que rendues et mises en page bien en amont du bouclage final, en témoignent. Le documentaire de Richard Copans sur Fernand Deligny ? Il était destiné aux spectateurs des salles. Le roman de Jean-Christophe Attias et le livre d’Hervé Gauville ? Les librairies les proposaient au public. L’album des Monophonics ? Disponible, en temps normal, dans les bacs (encore que l’achat de CD soit depuis un certain temps un acte quasi caduc). Reste, aujourd’hui, la solution numérique, et c’est heureux pour les œuvres qui ne seront pas ainsi sacrifiées. Certes, beaucoup de sorties sont reportées, au risque d’un embouteillage futur. En ce qui concerne Monsieur Deligny, vagabond efficace, son distributeur, Shellac, a décidé d’innover : le film sera directement disponible sur son site en VOD à partir du 25 mars (la sortie salles était prévue le 18).

Bien entendu, rien ne peut remplacer la chaleur de la scène ou du chapiteau, la vibration de la salle de théâtre, les volumes des centres d’exposition ou le noir partagé face au grand écran. Le spectacle vivant, en particulier, aura de la peine à se remettre de ces lieux fermés, de ces festivals annulés, de ces rues interdites. Mais le lien peut rester avec les spectateurs. Partout, sur Internet, des œuvres attendent d’être lues ou vues. Quelques exemples : la cinémathèque de Milan vient d’annoncer qu’elle mettait en ligne l’intégralité de son catalogue en accès libre ; la plateforme OperaVision propose gratuitement une vingtaine de mises en scène récentes d’opéras ; le site UbuWeb est une mine insoupçonnée de tout ce que l’avant-garde a produit d’hier à aujourd’hui…

Alors, prêts pour d’intenses tête-à-tête avec des œuvres d’art ? Ce qui n’enlèvera pas le besoin d’en parler et, donc, la nécessité de la critique.


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