Journalistes au temps du virus (Semaine 5)

La rédaction de Politis discute des meilleures façons d’aborder l’après-Covid.

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Nous, journalistes, sommes toujours méfiants des hommages rendus par les puissants. Dans la longue liste des professionnel·les de la « deuxième ligne » que Macron a recouvert·es d’un hommage appuyé, les journalistes côtoient les « enseignants, chauffeurs routiers, livreurs, électriciens, manutentionnaires, caissiers et caissières, éboueurs, personnels de sécurité et de nettoyage… », soit à peu de chose près la cordée des catégories copieusement méprisées depuis le début du quinquennat. Notre profession est d’ailleurs bien vaste, et on peut douter que la gratitude présidentielle aille d’abord aux médias indépendants ayant relevé depuis le début de la crise les nombreux manquements et mensonges de nos gouvernants, plutôt qu’aux commentateurs béni-oui-oui vantant la « précision » ou la « hauteur » de la pensée élyséenne.

La rédaction de Politis discute des meilleures façons d’aborder l’après-Covid. Garder un œil sur les actualités du jour, repérer les faits qui méritent d’aller gratter, mettre au jour les pans cachés d’une situation qui touche toute la société, ce n’est pas le plus difficile, même si le champ d’observation est énorme. Mais nous avons toujours privilégié l’avenir, c’est-à-dire la quête, dans le présent, des clés qui annoncent de quoi demain sera fait. De ce point de vue, la situation actuelle est vertigineuse. On sent bien que des convictions jusqu’ici bien ancrées peuvent vaciller (un ministre de droite vante les nationalisations), que des idées simples peuvent sortir de la marginalisation (la création d’un revenu universel), que des forces autrefois puissantes peuvent trembler (Bolsonaro ou Trump minés par leur arrogance). Mais on voit bien aussi que le vieux monde est toujours actif, que du chaos grandissant beaucoup vont profiter. Et par là je ne pense pas aux petits escrocs que le confinement inspire, mais plutôt, par exemple, au lobby de l’industrie plastique qui, d’abord aux États-Unis et maintenant en Europe, réclame à grands cris la levée du bannissement des sacs à usage unique, en distillant à grands frais dans les médias l’information, complètement fausse, que les sacs en tissu seraient moins sûrs contre le coronavirus que ceux en plastique.

Dans ce maelstrom de signaux venus du monde, notre acuité journalistique doit repérer ce qui déterminera l’après. L’épisode de la piscine gonflable installée dans une cité de Saint-Ouen n’a en soi pas plus d’intérêt que celui des parcs de l’Ouest parisien envahis de badauds pendant le week-end pascal. Mais si le premier est amplifié par des médias et sur les réseaux sociaux, il aura un impact politique (on redoute lequel) que le second n’aura pas (à tort). Le monde bouge, vacille, tremble. Nous essayons d’anticiper ses trajectoires possibles.


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