Corps volants et coudes serrés

Notre Voyage autour de nos chambres #61 rend justice au désir de bouger librement hors des contraintes sanitaires. Parmi les arts de la rue, qui espèrent mordicus sauver un peu de leur indispensable saison estivale, rendez-vous avec les collectifs acrobatiques, qui célèbrent les corps en voltige.

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Dans le petit monde des arts de la rue, on a capté l’espoir de sauver quelques meubles aux annonces du Premier ministre jeudi dernier : en plein air, la jauge maximale sera de 5.000 personnes pour les spectacles. Théâtre, danse, musique, graffes, marionnettes, installations, cirque, mime, performances, etc., on en est loin sur les places de villages, les esplanades et les friches. Depuis le confinement, les annulations d’événements estivaux se sont empilées – Festival de théâtre de rue d’Aurillac, Chalon dans la rue, Viva cité (Sotteville-lès-Rouen), Turbulentes de Vieux Condé, festival utoPistes de la métropole lyonnaise, etc. –, une « catastrophe », commente Jean-Luc Prévost, président de la Fédération nationale des arts de la rue, qui rappelle que l’été est une scène privilégiée pour ces artistes.

Nuage, de la Compagnie MPTA, festival utoPistes, 2013

Coup de projecteur sur une expression artistique qui monte depuis quelques années : les collectifs acrobatiques. Entre cirque et chorégraphie, des spectacles épurés et malléables qui vivent en salles ou dans la rue, un minimum d’accessoires. La matière première, ce sont les corps, qui valdinguent, rebondissent, grimpent aux cimaises ou volent, en toute naturalité. S’il y a de la virtuosité individuelle, le rêve et la poésie se construisent par le collectif, les interactions, l’invasion de l’espace, le dialogue par membres interposés. La compagnie MPTA – Les mains, les pieds et la tête aussi – affectionne un simple trampoline. Pas pour des triples saltos arrière, mais pour faire virevolter les artistes dans d’insolites ballets très travaillés, comme ce délicieux Nuage où l’on tire sur le pianiste. D’époustouflantes nouveautés nous viennent depuis une décennie d’Australie, qui serait devenue dauphine du Canada en matière circassienne. En attendant Gravity and Other Myths (Gravité et autres mythes !), dont la tournée de printemps a été annulée, on se délectera de leur Backbone ou d’extraits de As simple space. Il émane une grâce hypnotique de la puissance des corps et de leur sensualité sans tape-à-l’œil.

Backbone, de la compagnie Gravity and Other Myths, festival de Brighton, 2019

La Compagnie XY se plaît pour sa part à des chorégraphies célébrant le collectif de manière plus explicite. Les regards et les dégaines racontent des histoires dans Le Grand C. La direction artistique, c’est tout le monde, car « tout seul on va plus vite, ensemble on va plus loin ». Ce précepte traverse Il n’est pas encore minuit, une narration en langage acrobatique de l’histoire de la troupe. Dernier tableau : un danseur se la pète en solo devant la scène. Le reste du groupe, compact, patiente puis avance et l’absorbe. Un peu téléphoné, mais tout manifeste se doit d’être explicite.

Il n'est pas encore minuit... from Compagnie XY on Vimeo.

extraits de Il n'est pas encore minuit, Compagnie XY, théâtre des Célestins, Lyon, 2014

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