Survivantes au temps du Covid 4/4 : Grace, Ouganda

Après avoir affronté la guerre, la stigmatisation, l’exil… les rescapées de violences sexuelles en zones de conflit doivent aujourd’hui affronter un nouvel ennemi : la pandémie. En Afrique, elles témoignent de leur précarité sanitaire et économique.

Partager :
Survivantes au temps du Covid 4/4 : Grace, Ouganda
© Photo : Raegan Hodge of the Dr. Denis Mukwege Foundation

Grace, Ouganda

Depuis le 20 mars dernier, les écoles, les lieux de prière et certains marchés sont fermés. Les transports publics sont interdits d’utilisation. Il est seulement possible de circuler seul en voiture ou à moto. Assistante sociale, j’ai dû m’arrêter de travailler. Je m’inquiète pour mes finances. En Ouganda, l’économie du pays est principalement fondée sur l’agriculture et beaucoup de gens vivent au jour le jour en vendant des fruits et légumes. Cette dépendance à la terre a d’ailleurs mené, ces dernières semaines, à une recrudescence des conflits de terrains entre villageois. Le marché foncier étant l’un des seuls à ne pas connaître la crise. Un couvre-feu a été décrété entre 19 heures et 6 h 30 du matin par le gouvernement. Toute personne qui ne le respecte pas risque d’être persécutée par la police. Vraiment, cette crise sanitaire est une nouvelle pierre à porter pour les survivantes de violences sexuelles, dont celles commises par l’Armée de résistance du Seigneur (LRA), un mouvement rebelle créé en 1986 dans le Nord Ouganda et qui terrorisa la population jusqu’au début des années 2000. Je crains que celles qui attrapent le Covid-19 ne soient doublement stigmatisées et ne soient pas prises en charge à temps à l’hôpital, faute de transports publics. Aucune d’entre nous n’a jamais reçu de réparation psychologique ou financière malgré nos demandes. Nous ne pouvons compter que sur nous-mêmes. Mais j’observe une certaine solidarité entre les communautés : les leaders locaux viennent en aide aux plus démuni·es en leur apportant des vivres ou des produits d’hygiène. Les autorités gouvernementales ne distribuent de l’aide alimentaire que dans les grandes villes. Des chefs religieux affirment que le Covid-19 est annonciateur de la fin du monde. Selon moi, il s’agit d’une nouvelle épidémie comme nous en avons connu précédemment : la peste bubonique, Zika, Ebola… Et comme les autres, ce virus finira bien un jour par partir.

Monde
Temps de lecture : 2 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

En Iran, le peuple veut choisir librement son destin
Décryptage 21 janvier 2026 abonné·es

En Iran, le peuple veut choisir librement son destin

Dans la rue depuis le 28 décembre malgré une répression meurtrière, les Iraniennes et les Iraniens, d’abord mobilisés contre les conséquences de l’hyperinflation, poursuivent aujourd’hui un combat contre un régime devenu symbole de coercition, à la croisée de crises multiples.
Par Isabelle Avran
« L’avenir de l’Iran doit être décidé par les Iraniennes et les Iraniens eux-mêmes »
Entretien 21 janvier 2026 abonné·es

« L’avenir de l’Iran doit être décidé par les Iraniennes et les Iraniens eux-mêmes »

Fondé en 1981, le Conseil national de la résistance iranienne se présente comme un « parlement en exil » et une alternative politique de transition. Afchine Alavi revient sur son histoire, sa stratégie de front uni et les perspectives d’un avenir iranien débarrassé à la fois des mollahs et de la monarchie.
Par William Jean
Oleksandra Matviichuk : « Poutine voit l’Ukraine comme un pont vers l’Europe »
Entretien 19 janvier 2026 abonné·es

Oleksandra Matviichuk : « Poutine voit l’Ukraine comme un pont vers l’Europe »

Depuis Kyiv, la capitale ukrainienne, l’avocate et militante ukrainienne pour les droits de l’homme raconte un pays qui s’apprête à entrer dans sa cinquième année de guerre. Elle dénonce un système international obsolète, incapable de punir le crime d’agression commis par les dirigeants russes.
Par Hugo Lautissier
Derrière la ferveur des supporters, l’origine décoloniale de la CAN
Sport 16 janvier 2026 abonné·es

Derrière la ferveur des supporters, l’origine décoloniale de la CAN

Compétition cruciale pour tout un continent et sa diaspora, la Coupe d’Afrique des nations (CAN) porte en elle – et c’est moins connu – une dimension politique liée à l’histoire des décolonisations.
Par Kamélia Ouaïssa