Au cœur de l’Himalaya

Notre série Voyage autour de nos chambres se poursuit tant que la vie culturelle n’aura pas retrouvé toute sa plénitude. Aujourd’hui, nous vous menons au Népal où l’anthropologue Grégoire Schlemmer filme des rituels qui tentent d’éloigner le Covid-19.

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Une pièce vétuste, une télévision et, assis sur des chaises en plastique, un homme et un enfant. Nous sommes à Bultosum, un village népalais, niché aux confins de l’Himalaya, et relié à la route depuis seulement trois ans. En gros plan, le présentateur rappelle les dangers du Covid-19 et détaille les modalités du confinement imposé par le gouvernement.

Dans le village, on s’active. Aucun cas pour le moment, mais la divinité Sansari, associée aux épidémies et à la variole, pourrait y amener le virus. On sait que la pandémie a fait beaucoup de victimes en Chine et en Italie et on tente de se prémunir face aux dangers. Il faut éloigner Sansari, s’assurer qu’elle ne donne pas fièvre et maux de tête aux habitants.

Devant sa maison, Bakhat Dhan Rai noue un morceau de tissu rose à une branche feuillue. Puis il concocte un mélange de graines. En temps normal, Lambote, l’officiant, serait allé de maison en maison avec un palanquin où les villageois auraient jeté graines et offrandes, mais, confinement oblige, ceux-ci seront laissés dehors, sur le chemin. Lambote ira les récupérer seul, plus tard.

Dans un monde global

En mars 2020, l’anthropologue Grégoire Schlemmer séjourne lui aussi à Bultosum. Spécialiste du Népal, il fréquente le village depuis longtemps. Lorsque la pandémie touche le pays, il se retrouve confiné. Impossible de rentrer en France. Le chercheur saisit alors cette opportunité pour réaliser un court film, intitulé La Déesse Sansari et le corona en Himalaya, lors duquel il montre les rituels effectués pour Sansari et réalise quelques entretiens où les villageois évoquent les maladies qui ont touché leur terre. Les scènes sont entrecoupées de titres explicatifs qui multiplient les parenthèses et les points de suspension. Moins directives, les images, elles, prennent le temps de regarder et de donner à voir des techniques rituelles qui, loin de s’ancrer dans une supposée tradition immuable, sont sans cesse renouvelées et amendées.

« Dans un village du Népal, on apprend à vivre dans un monde global », nous dit l’introduction du film. Même dans le comté le plus reculé du pays, on connaît le Covid-19 et on s’interroge sur son traitement. La globalisation est là, partout, mais rien ne circule sans se fixer de manière contrastée d’un bout à l’autre du globe. Une affaire d’appropriation donc, et, pour nous, spectateurs, une occasion précieuse pour décentrer notre regard.

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