Fassbinder et son Allemagne année 29

Notre Voyage autour de nos chambres vous incite à voir Berlin Alexanderplatz sur le site d’Arte, une série que le réalisateur allemand a tournée à la fin des années 1970 pour la télévision ouest-allemande, et qui cristallise toute son œuvre.

Cet article est en accès libre. Politis ne vit que par ses lecteurs, en kiosque, sur abonnement papier et internet, c’est la seule garantie d’une information véritablement indépendante. Pour rester fidèle à ses valeurs, votre journal a fait le choix de ne pas prendre de publicité sur son site internet. Ce choix a un coût, aussi, pour contribuer et soutenir notre indépendance, achetez Politis, abonnez-vous.


Rainer Werner Fassbinder a vécu à toute vitesse, disparaissant quelques jours après son 37ème anniversaire. Parce qu’il aurait eu 75 ans cette année – quel homme et quel cinéaste serait-il devenu ? –, Arte propose sur son site une de ses œuvres les plus méconnues : Berlin Alexanderplatz.

Adaptée de l'œuvre de Döblin

Sans doute, sa longueur, 15h30 en 13 parties et un épilogue, explique qu’elle soit moins vue. En outre, il n’en existe plus aujourd’hui d’édition DVD. Il s’agit d’une série que lui avait commandée la Westdeutscher Rundfunk, la télévision ouest-allemande, à la fin des années 1970, et réalisée en 1979 et 1980. Selon les propos de Fassbinder, extraits de Fassbinder par lui-même (G3j éditeur, 2010), la télévision n’a pas respecté ses engagements : au lieu d’être diffusée à une heure de grande écoute, ce à quoi le cinéaste tenait pour « toucher la famille ouest-allemande », la série a été reléguée en fin de soirée.

Berlin Alexanderplatz est l’adaptation d’un roman majeur – éponyme – dans la littérature de la première partie du XXème siècle, paru en Allemagne en 1929. Son auteur, Alfred Döblin, médecin, écrivain juif marqué à gauche, était en phase avec la modernité de son temps, celle de la République de Weimar, et sensible aux soubresauts de la société.

Profondément marqué

Rainer Werner Fassbinder a été profondément marqué par sa lecture, effectuée tôt puis répétée : « À la deuxième lecture, j’ai découvert au fil des pages, avec étonnement d’abord, puis avec angoisse (…), qu’une énorme partie de moi-même, de mes comportements, de mes réactions, que beaucoup de ce que je croyais être moi-même, n’était rien d’autre que ce qui est décrit par Döblin dans Berlin Alexanderplatz_. Inconsciemment, j’avais fait de l’imaginaire de Döblin, ma vie… », écrit-il dans _Les Films libèrent la tête (L’Arche, 1985).

La série de Fassbinder suit fidèlement l’intrigue du roman. Elle raconte l’histoire de Franz Biberkopf, ancien ouvrier venant de purger une peine de quatre ans pour le meurtre de sa femme. Celui-ci essaie de vivre honnêtement dans l’Allemagne en crise, sans succès. Il retombe dans le crime et la délinquance, et rencontre sur son chemin Reinhold, incarnation du Mal, avec lequel Biberkopf entretient une relation ambiguë.

© Politis

Fassbinder ne respecte pas les codes de la télévision. Qu’il s’agisse de la lumière, des angles choisis pour la caméra, de la mise en scène plus généralement, on reconnaît la patte du réalisateur du Mariage de Maria Braun et de Lili Marlen, entre réalisme et expressionnisme. On retrouve aussi nombre de ses actrices et acteurs fidèles : Günter Lamprecht, Hana Schygulla, Barbara Sukowa, Gottfried John… Formellement et dans ses thématiques, Berlin Alexanderplatz, série en tous points passionnante, peut être vue comme l’une des matrices de son œuvre. Avec une idée suggérée en ouverture en forme d'angoisse existentielle. Franz Biberkopf, alors qu’il est en fin de peine, refuse de sortir de la prison : il se pourrait bien que ce soit encore pire dehors…

Pour lire tous les articles de la série > #AutourDeNosChambres


Haut de page

Voir aussi

Articles récents