Le Brésil entre peste et choléra

Le pays se débat avec la pandémie, dont il est devenu le nouvel épicentre, et un président d’extrême droite qui mine la nation par la tête.

Patrick Piro  • 24 juin 2020
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Le Brésil entre peste et choléra
© Sergio LIMA / AFP

L’affaire Covid-19 s’esquive peu à peu de la rubrique sanitaire et des esprits. L’épidémie semble sous contrôle… en France. Car, à l’échelle planétaire, la pandémie « continue de s’accélérer », s’alarme l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Le cap du premier million de contaminations avait été franchi après plus de trois mois, le dernier million en date s’est ajouté en huit jours seulement !

Le Brésil y contribue activement, désigné nouvel épicentre de la pandémie, avec 1,1 million de cas sur 9 millions dans le monde (dont 50 % considérés guéris), deuxième rang après les États-Unis, et plus de 50 000 décès. Et le pic n’est toujours pas perceptible. D’autant que les statistiques semblent très fortement sous-estimées. Le Covid-19 se déploie désormais dans l’arrière-pays, aux infrastructures sanitaires bien plus modestes que dans les grandes villes.

Et surtout le Brésil se débat avec Bolsonaro, son « deuxième virus », raille une opposition grandissante. Un président d’extrême droite qui mine la nation par la tête. Après avoir nié la crise, il tente par tous les moyens de la minimiser. Brouille l’accès aux données de l’épidémie, pousse les gens à braver le confinement décrété par des gouverneurs d’État, priorise la santé de l’économie, profère que perdre son emploi est pire que d’attraper la maladie, encense l’hydroxychloroquine. Deux ministres de la Santé ont démissionné depuis mars. L’actuel, sans compétences dans ce domaine, est un général. Un de plus dans un entourage où ils sont omniprésents : le président, ex-capitaine, s’accroche à l’armée dans une tempête où la catastrophe sanitaire le préoccupe moins que la dégringolade économique du pays, et surtout la menace grandissante d’une procédure de destitution, aux mains du Parlement, ainsi que des enquêtes judiciaires pour malversations financières notamment. Pas un mot pour les 50 000 morts du Covid-19 le jour où le pays a franchi cette barre, mais un hommage à un soldat tué lors d’un entraînement.

Au point que rôde, depuis des semaines, la hantise d’un coup d’État militaire en réaction à une supposée instabilité constitutionnelle. Des pro-Bolsonaro affirment que l’armée disposerait d’un « pouvoir modérateur » en cas de conflit entre les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire. Le 12 juin, le vice-président et le ministre de la Défense, deux généraux, co-signaient avec Bolsonaro un avertissement explicite à l’endroit de ces deux derniers : les forces armées « n’acceptent pas les tentatives de prise de pouvoir (…) au nom de jugements politiques »

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