Les lettres de Manchette

Les éditions de la Table ronde publient la formidable correspondance du maître du néo-polar. Il s’y montre exigeant, enthousiaste et généreux. On y lit aussi sa passion pour la langue et son ironie contre les fâcheux.

Christophe Kantcheff  • 3 juin 2020 abonné·es
Les lettres de Manchette
© Photo : Jacques Robert/Gallimard

L’éditeur de cette correspondance, celle d’un écrivain majeur de la fin du XXe siècle, précise dans une note introductive que Jean-Patrick Manchette avait laissé derrière lui un dossier portant comme indication « Courrier 1968-1974 ». Mais celui-ci contenait de tout autres papiers. En outre, à partir de 1977, Manchette a gardé un double de ses lettres, ce qui a définitivement décidé du point de départ temporel du volume, qui court jusqu’à l’année de sa mort, en 1995, à 52 ans. Mais pourquoi ce titre : Lettres du mauvais temps ?

Pour au moins trois raisons. La première tient à la période historique. Comme on le sait, Jean-Patrick Manchette se situait à l’extrême gauche. Il a vu d’un bon œil les perspectives tracées par Mai 68, les années 1970 s’ouvrant dans l’effervescence des utopies. En 1977, la comète est déjà passée et la décennie ne s’achève pas du tout comme elle a commencé. « Quant à l’inepte union de la gauche, juge-t-il en septembre de cette année-là, (fort lézardée au moment où j’écris), je n’y vois rien d’autre qu’un consortium chargé de repeindre la grande maison et de faire tenir les domestiques -tranquilles. » L’ère glaciaire de la financiarisation et de la communication allait bientôt s’ouvrir.

La deuxième raison relève de l’histoire du néo-polar, une expression que l’on doit à Manchette

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter hebdomadaire :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)
Littérature
Temps de lecture : 7 minutes