Plaidoyer pour l'annulation de la réforme du chômage

Dans une lettre ouverte à Emmanuel Macron, Céline Lefèvre lance un cri d'alarme pour tous les CDD des secteurs du spectacle vivant et de l'événementiel. Sans travail du fait de la pandémie, ils sont menacés de perdre leurs droits au 1er septembre.

Cet article est en accès libre. Politis ne vit que par ses lecteurs, en kiosque, sur abonnement papier et internet, c’est la seule garantie d’une information véritablement indépendante. Pour rester fidèle à ses valeurs, votre journal a fait le choix de ne pas prendre de publicité sur son site internet. Ce choix a un coût, aussi, pour contribuer et soutenir notre indépendance, achetez Politis, abonnez-vous.


Lettre à Monsieur le Président de la République,

Le 9 mars 2020, les mesures de restrictions prises pour lutter contre la pandémie mondiale, ont mis un coup d’arrêt total aux activités des secteurs du spectacle vivant et de l’événementiel.

Aujourd’hui, en juin, les secteurs du spectacle vivant et de l’événementiel n’ont toujours pas repris leurs activités, et cela fait pratiquement 90 jours de chômage forcé pour les salariés de ces secteurs, alors même que le plus fort des activités de ces secteurs ont lieu entre mars et août chaque année.

Les secteurs de la culture et de l’événementiel génèrent des chiffres d’affaires supérieurs à celui du secteur de l’automobile (lequel a reçu depuis, des aides de l’État). Composés pour la majorité de PME et TPE, ces secteurs emploient en grande majorité en contrats courts, du fait de la nature même de l’emploi : saisonnier, et discontinu, et sans ces contrats courts, ces secteurs auraient bien du mal à fonctionner correctement.

De plus, nous, salariés, ne choisissons pas ces métiers (invisibles) pour le chômage, mais pour leur contenu, par passion et par capacité, nous ne sommes pas des fainéants, et nous avons une expertise certaine et reconnue, et surtout, une très grande adaptabilité à toutes les composantes d’un milieu professionnels, ce qui ne devrait pas être négligé.

Nous, salariés en contrats courts des secteurs du spectacle vivant et de l’événementiel, restons encore aujourd’hui absolument « invisibles ». Sans syndicats, sans reconnaissance, sans autre statut que celui de travailleurs en contrats courts, nous sommes passés à travers le maillage de toutes les aides exceptionnelles mises en place par le gouvernement durant la crise du coronavirus.

Et aujourd’hui, malgré plusieurs tribunes et communiqués de presse de personnalités, associations, syndicats et organismes, le gouvernement n’a pas répondu aux demandes de neutralisation de la période courant du 15 mars à la reprise complète des restrictions, ainsi que l’annulation du deuxième volet de la réforme du chômage applicable le 1er septembre 2020.

Le 11 mai n’a pas été le jour de la reprise pour nous, salariés du secteur du spectacle vivant et de l’événementiel, nous ne pouvons toujours pas travailler et nos droits au allocations chômage, s’ils n’ont pas expiré, sont en cours d’expiration.

De plus, l’incertitude pesant sur ces secteurs depuis mars, les spectacles, tournées, festivals, événementiels, foires et salons, ont très majoritairement été reportés en 2021. Dans ces secteurs, toutes les parties sont interdépendantes, et, en bas de l’échelle, le salarié perd du travail à chaque annulation de quelque manifestation que ce soit, sans compensation.

À ce jour, nos perspectives de reprise sont quasi nulles avant la fin de l’année 2020.

À titre informatif, quelques chiffres :

  • Au 30 juin, nous aurons passé 58,33% de la période au chômage forcé.
  • Au 31 août, nous aurons passé 68,75% de la période au chômage forcé.
  • Au 30 septembre, nous aurons passé 72,22% de l’année 2020 au chômage forcé.
  • Ne parlons même pas du 31 décembre 2020 !

Avec ces centaines de jours sans travail qui défilent, ainsi que la future application du deuxième volet de la réforme du chômage le 1er septembre, c’est une double peine qui attend quelques millions de salariés en contrats courts.

L’absence de reconnaissance et d’aide, ainsi que le maintien de l’application du deuxième volet de la réforme du chômage « demain », en septembre, sont un très mauvais signal envoyé à des salariés qui n’ont pas demandé à perdre leur emploi durant cette pandémie, et qui ont respecté toutes les restrictions et interdictions au plus fort de la crise, autrement dit, qui font partie intégrante du peuple français « actif ».

En effet, aujourd’hui, dans une économie mondiale complètement bouleversées par cette crise du coronavirus, comment imaginer que l’on peut sacrifier des millions de gens sans aide et avec le couperet de la réforme du chômage ?

Qui peut dire aujourd’hui comment l’économie du pays se relèvera, qui donc peut décider que les CDD doivent être éliminés ?

Qui donc peut prédire combien de mois, voir combien d’années chacun d’entre nous pourra se « reclasser » si notre métier initial ne se relève pas de la pandémie ?

Nous risquons de dépasser les 260 jours de chômage, d’épuiser nos droits lorsque ce n’est pas déjà le cas, puis de tout perdre avec la réforme du chômage de septembre.

Dans ces conditions, comment rebondir en élaborant un nouveau projet professionnel, lequel, avant de déboucher sur une embauche, peut prendre jusqu’à plus qu’une année, et ce, avec un budget pour la formation amputé de moitié depuis la dernière réforme ?

Comment peut-on imaginer aujourd’hui, au réveil d’une crise pandémique mondiale, que précipiter des millions de gens dans la paupérisation, pourra contribuer à l’effort collectif que nous devons effectuer pour nous relever de cette crise ?

Qui peut croire que faire disparaître nos emplois en contrats courts dans les secteurs du spectacle vivant et de l’événementiel générera des embauches et des créations d’emplois en CDI ? Personne, notre disparition favorisera le travail au noir et l’exploitation des plus fragiles.

Qui peut croire que paupériser plus de deux millions de français participera au redressement économique ? Nous devons rester solidaires et avec chacun, un minimum de moyens pour nous inscrire comme acteurs de l’économie, c’est-à-dire producteur de PIB.

Dans la situation actuelle, quelle PME/TPE pourra se permettre d’embaucher en CDI alors que l’avenir est incertain ?

Monsieur le Président de la République,

Ne nous sacrifiez-pas sur l’autel d’une économie comptable et financière, cette guerre économique n’est pas notre guerre, nous les salariés invisibles et sacrifiés, en CDD du secteur du spectacle et de l’événementiel, c’est celle du Covid-19 qui a mis à mal nos économies...

Monsieur le Président de la République,

Vous nous avez dit : « Quoi qu’il en coûte », si vous refusez le renouvellement de nos droits de travailleurs en CDD du 15 mars au 30 septembre 2020, et si vous n’annulez pas la réforme du chômage, alors il en coûtera, et avant de disparaître, nous vous promettons que nous serons tous là pour nous compter en tant que sacrifiés sur l’autel de la rentabilité !

Monsieur le Président de la République,

Malraux disait : « La culture, c’est ce qui répond à l’homme quand il se demande ce qu’il fait sur la terre. »

Si vous nous sacrifiez, vous sacrifiez une (grande) partie invisible du monde général de la culture !

Il faut absolument une neutralisation de la période de chômage liée à la pandémie, du 15 mars jusqu’à septembre, à minima, pour tous les salariés en contrats courts du spectacle vivant, de l’événementiel et de la restauration « catering » inclus ceux dont la date de fin de droits n’arrive pas dans cette période.

Il faut supprimer le deuxième volet de la réforme du chômage prévu en septembre, après une telle crise, il n’est pas raisonnable d’imaginer supprimer les salariés en contrats courts.

Monsieur le Président de la République,

N’appauvrissez pas votre pays de tous ses talents et métiers, y compris en CDD, et n’appauvrissez pas votre pays en oubliant les acteurs invisibles de la culture, du spectacle vivant et de l’événementiel !


Haut de page

Voir aussi

Articles récents